Les commerces à Fontenay aux Roses … et les parkings ?

Mr Durand, dans votre papier du 8 juin vous soulignez qu’en raison du relief, la pratique du commerce à Fontenay n’est pas aisée ni à pied, ni à vélo. Vous suggérez donc, en creux, que la voiture est souvent nécessaire. Mais vous n’en tirez pas les conséquences au niveau des parkings.

A mon avis, la possibilité de garer sa voiture près des commerces est une condition essentielle de la vitalité du commerce local. A Sceaux, il y a aux deux extrémités de la zone commerciale de la rue Houdan deux parkings, vastes, et qui permettent l’accès à la quasi-totalité des magasins en moins de 10 mn à pied. Il nous faut à Fontenay des parkings, même si la mode bobo-écolo n’est pas à la voiture.

Aujourd’hui, il y a le parking rikiki du marché, et celui également de taille très modeste qui va s’ouvrir à la Cavée. Et puis, il y a le parking privé du magasin Carrefour Market dont l’accès est hélas très sportif, et rebute bon nombre de chalands.

Mr Moizan, dans ses projets qui datent des années 70, avait proposé une solution très astucieuse d’un parking sous la place de Gaulle, qui avait l’avantage énorme de permettre un accès à hauteur (sans rampe à monter ou à descendre) à partir de la rue Jean-Jaurès. Cette idée n’a pas été reprise par P. Buchet lors de la conception du nouveau marché, ni par L. Vastel à l’occasion de la bétonisation de la place.

Aujourd’hui, le maire ouvre le chantier du mail Boucicaut. On a donc une troisième opportunité de réfléchir sérieusement à la transformation du parking Carrefour en un vrai parking public. Ce parking se situe à un endroit central de la vie commerçante actuelle, et présente l’énorme avantage d’avoir un accès sur trois rues: la rue Boucicaut, mais aussi les rues Jean Jaurès et Ledru Rollin… moyennant quelques travaux dans le gruyère du sous-sol du mail, et en particulier dans l’immeuble de la Poste qui est la propriété de la ville.

Nous savons tous que la situation juridique est extrêmement compliquée et que la réalisation d’accès en voiture – et à niveau – depuis les rues Jean Jaurès et/ou Ledru Rollin n’est pas simple. Mais n’est-on pas capable de trouver quelques architectes créatifs qui sauront avec les outils actuels de conception par ordinateurs trouver les voies et les moyens ? On pourrait commencer par interroger les architectes de la ville… ou bien, on repart pour cinquante ans sur de mauvaises solutions ?

Mr Vastel, il vous reste cinq ans pour trouver une solution…

Michel Bayet.

Membre du Modem.

Quartier des Blagis : Le projet ZAC Paradis de Laurent Vastel

Alors que le Projet Paradis entre dans sa sixième année, il paraît opportun de faire le point sur son avancement, et sur sa pérennité.

Le présent papier n’aborde pas, volontairement, la question de son opportunité, ni des solutions alternatives qui ont été évoquées par beaucoup. Il essaie simplement de répondre à la question: ce projet est-il viable?

Il est établi à partir des rares éléments publics existant, accessibles à un modeste citoyen de la ville.

1.Petit rappel historique

Les fontenaisiens découvrent le projet dans le Fontenay MAG, qui évoque dans son édition de juin 2016 la réunion tenue le 17 mai à la maison de quartier avec les habitants. Dès cette première réunion, le  maire précise: « toutes les personnes qui souhaitent être relogées sur le quartier le seront dans les mêmes conditions financières pour un niveau de confort supérieur ».

L’idée centrale du projet est la suivante : sur la période 2018-2030 l’Office HLM 92 détruit par étapes tous les 833 logements sociaux du quartier, et les remplace par 833 logements sociaux neufs. Simultanément, il cède une partie des terrains à des promoteurs qui construisent 600 logements nouveaux – non sociaux –  destinés à être vendus à de nouveaux habitants. Opération qui se déroule sans bourse déliée, ni pour la ville, ni pour l’Office puisque la vente des terrains finance complètement le coût de la destruction-reconstruction des 833 logements préexistant, et la construction des 600 nouveaux logements. Une bonne affaire pour tout le monde donc !

Ce schéma aurait été élaboré au moment de la conception du PLU. Apres que l’exigence légale de densification de la ville eut été enfin admise, le maire s’est interrogé sur l’art et la manière d’appliquer à minima cette exigence (construire 1500 logements à Fontenay entre 2012 et 2030). En particulier en sauvegardant les quartiers pavillonnaires de Fontenay : quartiers officiellement présentés comme les réserves de verdure d’une ville qui dispose de peu d’espaces verts, alors qu’en réalité ces quartiers sont supposés abriter la base électorale de la majorité actuelle… Il fut donc décidé d’affecter généreusement aux Paradis 600 logements sur les 1500 exigés par les diverses lois sur le Grand Paris, et donc de porter la densité du quartier de 19 000 habitants/km² (DUP 2013*) à environ 39 000 habitants/km² **. Pour mémoire, le centre ville a, en 2011 une densité de 19 500 habitants/km² *

Densité de population des quartiers de Fontenay (DUP 2013) en habitants / hectare

2. La charte de relogement

Le Conseil Municipal du 2 mai 2018 a approuvé « la charte partenariale de relogement dans le cadre du projet de renouvellement urbain du quartier des Paradis ». Cette charte « a pour objet de fixer le cadre dans lequel le relogement des ménages résidant dans les immeubles voués à la démolitions sera effectué ». Les principaux signataires de la Charte sont le Préfet, la ville de Fontenay et l’Office HLM 92.

Remarque: en l’absence d’autre délibération du Conseil Municipal sur le projet, on est fondé à penser que cette Charte est le seul document officiel qui engage les parties, et en particulier l’Office, propriétaire des lieux et décideur ultime. On n’imagine pas en effet que le Maire ait pu signer un document engageant la Ville sur l’intégralité du projet sans l’approbation de son conseil…

La Charte donne dans son article 2 un planning:

Phase préliminaire :

  • démolition/reconstruction de l’immeuble du 26, rue des Potiers
  • démolition de 14 logements sociaux
  • reconstruction de 40 logements sociaux.

Phase 1 :

  • démolitions des immeubles du 18 rue Alfred de Musset, et 15-17-19-21 rue des Paradis
  • démolition de 13 + 33 logements sociaux
  • construction de 75 logements sociaux
  • construction de 90 logements privés.

Aucune information dans ce document sur la suite des opérations. L’Office garde donc légalement, au-delà de la phase 1, toute liberté pour continuer ou arrêter le projet à sa guise.

3. Le financement du projet

Le calcul sur l’économie du projet est relativement simple: le coût de démolition des 833 logements et de reconstruction – construction des 833 + 600 logements peut-il être financé par la vente des 600 logements privés?

  • les coûts de construction font l’objet de statistiques établies par la CDC (caisse des dépôts) par département. Pour les Hauts de Seine, ce coût est compris entre 1 934 et 2 323 € du mètre carré, soit une moyenne (demi somme) de 2 128 retenue,
  • le prix de vente du m2 prévisible est donné dans le PLU (fascicule Présentation), soit 4 272 €. À noter que ce chiffre est bien recoupé par la vente actuellement en cours du programme du promoteur des Nouveaux Constructeurs (rue Gabriel Péri) qui se fait à 4 565 € le m2.

Le calcul effectué (voir document***) donne un résultat édifiant:  le projet est déficitaire d’une cinquantaine de millions d’euros. Ce calcul est certes grossier, mais l’ordre de grandeur est indubitable.

On comprend mieux que l’Office 92 ne se soit engagé à minima… Quel intérêt a-t-il à mobiliser autant d’argent dans un programme qui fonctionne en l’état?

On s’étonne tout autant que ni les géniteurs du projet, ni les services de la Ville n’aient fait ce petit calcul…. Avant que le maire ne se lance dans ses promesses qu’il ne sait ne pouvoir honorer.

4. État actuel du du projet

Phase préliminaire: l’immeuble du 26, rue de Potiers a été détruit en 2018. Fin mars des arbres protégés ont été abattus *** . En mai 2021 les pelleteuses sont arrivées et creusent le sous-sol. En dépit d’un recours sur le permis de construire. Livraison prévue en 2022 ou 2023 au lieu de 2020.

Phase 1: le promoteur retenu vient d’ouvrir son bureau de vente, début juin 2021, le permis de construire n’est pas encore accordé. La livraison des immeubles ** ( 154 logements),  de cette phase est annoncée pour 2024 (contre 2022 initialement prévu).

5. Conclusion

Il se peut que l’idée de départ soit apparue comme la solution géniale pour résoudre simultanément deux problèmes bien distincts:

  • à court terme ‘vendre’ le PLU au préfet,
  • et à long temps stabiliser socialement le quartier laissé à l’abandon depuis la dissolution de l’ESCALE en 2009 (mon papier du 6 mai sur le site Osez Fontenay): rehausser le niveau social du quartier, afin de le pacifier (cf incidents récurrents dont celui de mai 2021, avec mort d’homme).

Encore que courir deux lièvres à la fois est en général une entreprise incertaine…

Certains membres de l’équipe municipale y ont cru, et ont donné de leur personne, notamment pour le reclassement des premiers habitants. Quant aux habitants, comment peuvent-ils supporter depuis six ans une aussi intense campagne de ‘persuasion’ en face de si peu de garanties – puisque l’Office n’a jamais voulu établir d’avenant à leur bail confirmant les promesses du maire, alors que le bail est le document légal qui lie un locataire à son bailleur… et de si peu de résultats?

L’idée a peut-être été proposée de bonne foi par un maire tout neuf, inexpérimenté, dans sa deuxième année de mandat, sans réseau ni soutien, et à qui personne n’allait rien refuser à son génie…. Mais, elle n’a pas résisté aux intérêts divergents de la Ville, l’Office, le Territoire, et le Département. Plusieurs adjoints m’ont dit: « le département paiera avec ses énormes excédents », mais le département a visiblement d’autre priorités, et d’autres favoris… Et le projet est aujourd’hui clairement dans l’impasse: non verrouillé, non financé, déjà très en retard. La bonne idée est devenue au fil de ces revers un bluff, et à force d’obstination, un vrai mensonge d’un cynisme impardonnable.

N’est-il pas temps, M. Vastel d’en prendre acte, et de tenir – enfin – un discours de vérité ?

Dans l’intérêt des habitants du quartier et des Fontenaisiens dans leur ensemble.

Michel Bayet

Membre du Modem

 * DUP 2013 : Dossier Urbain Partagé

** La  surdensification programmée du quartier des Blagis 

*** Abattage de 4 grands arbres protégés au square des Potiers

Quartier des Blagis : Suite de la lettre des 4 maires au préfet : Allô Maman… bobo…!!

Les maires de Fontenay et des trois villes adjacentes, ont envoyé une lettre au Préfet à propos de la situation du quartier de Paradis (Les nouvelles de Fontenay du 2 juin). Une lettre ouverte puisque diffusée en quasi temps réel sur le même site. On comprendra mieux, ci-dessous, pourquoi elle est ouverte…

Cette démarche est pitoyable.

C’est évident, le préfet va recevoir ces honorables maires. Il va leur tenir le discours de circonstances : les contraintes budgétaires, la politique du gouvernement… et toute la langue de bois habituelle. Que pourrait-il leur dire, si il leur parlait « cash » comme dirait le Président.

  • MM. les corps intermédiaires qui vous plaignez que le pouvoir vous délaisse, pourquoi ne vous prenez vous pas en charge vous-mêmes ? Arrêtez de tout faire remonter et de laisser croire que c’est lui qui est responsables de tous les maux, et que vous, vous vous chargez d’annoncer les bonnes nouvelles… Que faites-vous donc à votre niveau dans vos quartiers ?
  • MM. les maires de Sceaux et de Bourg la Reine, vous n’avez aucune honte à venir soutenir Fontenay. Alors que la cause profonde de cette situation est votre refus persistant d’appliquer la loi sur le taux de logements sociaux. Si vous vous conformiez aux exigences de la loi SRU (25%), et qu’en conséquence 798 logements sociaux seraient transférés de Fontenay dans vos villes, le taux de logements sociaux à Fontenay, actuellement à 43% serait encore de 35% (bases de calcul : Jean-Michel Durand – 20 avril – Les Nouvelles de Fontenay).
    M.Vastel pourrait alors proposer à l’Office HLM 92 de transformer la totalité du quartier des Paradis (833 logements sociaux) en logements de très haut standing…

Solidarité ou hypocrisie assumée…

  • Certes, certaines fonctions, comme la police, ne sont pas de votre ressort, Mais qu’en est-il de l’animation sociale et culturelle qui a existé jadis et qui a été abandonnées. (Article du 6 mai sur le site Osez Fontenay: ‘Reconstruire l’ESCALE’). Bien sûr, à Fontenay, c’est P. Buchet qui a dissous cette association, mais depuis six ans qu’à fait L. Vastel pour rétablir un service équivalent ?

M.Vastel, ne prenez pas les Fontenaisiens pour des demeurés : bientôt votre belle lettre sera dans le magazine municipal, et les bonnes gens seront élogieuses de l’énergie que vous déployez à… rejeter la faute sur le voisin. « C’est pas moi c’est lui » disait-on quand j’étais à l’école primaire…

On l’a compris, votre belle lettre consensuelle à l’autorité n’est, comme d’habitude avec vous, que Comm…

Michel Bayet

Membre du Modem

Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 9 – la dernière bouchée

Ma docteure m’a fait sa visite hebdomadaire. C’est une jeune roumaine, charmante, qui parle remarquablement français, avec un tout petit accent que l’on ne remarque que si l’on est prévenu. Accent pas plus sensible que celui des francs-comtois du cru, qui insistent un peu sur les a ! Visiblement, on a à Besançon également des problèmes de recrutement…

Elle considère que je peux maintenant abandonner l’oxygène, et me propose de rentrer dans mes foyers vers la mi-juin. Je vais donc quitter ce centre plutôt sympathique, dans lequel on est très bien traité, et surtout très bien réparé !

Merci aux lecteurs des Nouvelles de Fontenay, qui m’ont fait l’honneur de s’intéresser à ma modeste littérature. Merci aussi à Jeff, l’animateur de ce site, qui m’a gentiment dépanné quand mon informatique me trahissait. En remerciement, je vous présente le chaton que vient de m’offrir mon épouse pour mon retour à la maison. Il – ou elle – n’a pas encore été baptisé.

 Après plusieurs semaines consacrées à la rééducation de mon physique, je vais devoir maintenant me consacrer à l’éducation de cette minuscule créature…

 Quelle vie !

Michel Bayet

Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 8 – le personnel

Avant de clore bientôt cette chronique, je tiens absolument à rendre un hommage appuyé à tous les membres du personnel de l’hôpital et du centre de rééducation, qui m’ont pris en charge jour et nuit.

Le plus souvent des femmes – quelque hommes chez les kinés – en général jeunes pour toutes les catégories : personnes chargées de l’entretien et de la distribution des repas, infirmières, ambulanciers, médecins. Avec visiblement beaucoup d’élèves en formation.

Quand les médias parlent d’eux, c’est en général pour dire leur fatigue, leur stress, leur épuisement. Eh bien moi, à Besançon, je n’ai rien perçu de ce stress. Je sais, pour en avoir parlé avec eux, qu’ils ont payé leur tribut : certain ont mal toléré leur vaccination, d’autres ont été contaminées. Je crois surtout, que s’ils sont forcément stressés, ils n’en laissent rien paraître vis à vis des malades. Ils sont toujours aimables, disponibles, souriants et prêts à vous aider dans toutes les situations.

A l’hôpital, et à cause de COVID (la clinique Saint Vincent en est à Besançon l’unité spécialisée) elles portent une étrange tenue : par-dessus le costume bleu foncé veste et pantalon, elles portent une immense cape en voile plastique qui recouvre le corps de haut en bas, plus le masque qui ne laisse voir que les yeux, des lunettes et un bonnet. A chaque fois qu’elles entrent dans la chambre, elles mettent des gants, elles frappent, elles disent un petit mot gentil, puis après avoir fait leur travail, elles enlèvent les gants qu’elles jettent dans la poubelle de la chambre, et se désinfectent les mains au gel alcoolique… Ouf.

Leur costume est assez similaire à celui de ma visiteuse préférée, dont je joins la photo. Je me suis bien amusé avec cette photo : sa première visite se passait dans les jours où notre compatriote Thomas Pesquet rejoignait la station spatiale internationale. Je disais que c’était Thomas qui s’était arrêté sur son chemin pour venir me voir ! Normal pour une jeune camarade de venir visiter un de ses anciens dans la difficulté…

Quelques anecdotes.

Un matin déboulent dans ma chambre deux jeunes femmes vers 7h30. Je dormais ce jour-là, et n’ai pas compris ce que l’une d’entre elle, que j’ai par la suite surnommée la tornade bleue – tornade de la pub pour les produits d’entretien, et bleue pour la couleur de la grande cape – m’avait dit et lui ai fait répéter : «Bonjour, douche aujourd’hui ». De mauvaise humeur, je lui réponds : non la douche c’était hier. Aujourd’hui c’est la selle… je ne l’ai pas revue de la journée !

Je vais vous imposer une dernière fois mes détails un peu prosaïques. Mais quand son existence dépend d’un petit tube en plastique translucide de deux mm de diamètre, il vaut mieux gérer les détails… Pour revenir au sujet, j’ai découvert la technique de la chaise percée, dont je pensais qu’elle avait disparu des hôpitaux, et qui était sans doute due à l’exiguïté de la chambre (pas de salle de bain, seulement un lavabo). Il faut dire que la première fois, alors que la fonction a été suspendue pendant plusieurs jours, avec un changement complet de régime alimentaire, une non-activité physique prolongée, et que l’on ne sait pas si les muscles concernés vont répondre et si on pourra les alimenter en oxygène, on entre dans une terra incognita à plusieurs dimensions… Et puis, il y a le regard d’autrui, même discret, à qui on a dû demander l’ustensile. Je me souviens : même feu ma chatte Kochka n’aimait pas trop quand je restais près d’elle et qu’elle faisait ses besoins dans l’herbe.

Je me souviens aussi des mots de l’interne à mon arrivée aux urgence, à qui je demandais si je pouvais aller seul à la salle de bain: « ne faites pas ça. Un de nos malades l’a fait, et on la retrouvé mort par terre… »

Une autre anecdote en deux temps. J’étais suivi pendant quelques jours par deux infirmières qui intervenaient ensemble : une infirmière senior, la quarantaine, et une autre à peine plus jeune, visiblement en formation, une belle femme, châtain avec de superbes yeux verts – je les vus de près. Elles viennent un matin en disant on va vous poser une perfusion. Et la séniore de dire: « je la pose et tu regardes ». Non je préfère le faire. « Tu es sure ? ». Oui, je l’ai déjà fait. Je me suis alors dit qu’étant dans un hôpital, il ne pouvait rien m’arriver qu’on ne sache réparer ! Elle ne m’a pas fait mal, mais j’ai pu voir en détail couler sur mon bras mon précieux sang bien rouge foncé, à cause d’un petit tuyau qui rechignait à se faire visser sur le trocart déjà profondément enfoncé dans la veine…

Le deuxième temps fut moins drôle. Les deux viennent me voir pour un prélèvement nasal, que me proposait la séniore. Ayant delà subi cet exercice un peu désagréable, et rassuré pour ce qui était de l’opératrice, je pars confiant. Et tout à coup, je reçois un coup violent dans les sinus… Un peu comme quelqu’un qui ferme un tiroir à toute volée. Deux grosses larmes de douleur me coulent de l’œil gauche, et dans un mouvement réflexe je repousse de mon bras gauche le sien… Heureusement, elle n’avait pas lâché le goupillon. Et par chance, le prélèvement a été déclaré négatif, et je n’ai pas eu à répéter cet exercice.

C’est le seul jour où j’ai vraiment eu mal à l’hôpital.

En dépit de cet épisode qui au moins m’a laissé un souvenir aigu, je tiens encore à dire ma gratitude à toutes ces personnes qui m’ont donné de leur humanité, à moi qu’elles ne connaissaient pas, et qu’elles ne reverront jamais. Et à qui je serais incapable de donner le millième de ce que j’ai reçu…

Fasse le ciel qu’elles trouvent elles aussi sur leur chemin, quand le jour viendra, des femmes de la même qualité…

Michel Bayet

Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 7 – la rééducation

Après mes cinq semaines à l’hôpital, j’ai été transféré dans un centre de rééducation à la respiration, à Pont-d’Hery, dans le Jura, juste derrière Arbois pour les amateurs de bon vin! C’est un ex-sanatorium, construit dans les années 1920. On cherchait à l’époque des endroits à l’écart avec un air pur. Les bâtiments sont donc au milieu d’une forêt, sans habitation autour, à 600 m d’altitude. Cette région est à 100 km de l’endroit où j’ai passé mon enfance. Elle m’est donc très familière.

Hélas, sans relai Bouygues… d’où mon absence de téléphone portable ! Il y a bien un wifi, mais uniquement quelques heures par jour, et avec un débit faible. Je suis furieux parce que je ne peux même pas regarder canal plus sport (sur My canal), et tous mes matchs de rugby… Mais, il y a assez de débit pour les messages.

L’ambiance à Pont-d’Héry est très différente de l’hôpital. Ici, on est beaucoup plus autonome. Par exemple, dans ma chambre, j’avais au début un grand tuyau d’oxygène qui me permettait de circuler, et en particulier d’aller à la salle de bain. Et j’ai donc depuis un mois pu uriner – on va croire que je suis décidément obsédé par la chose – comme un vrai humain ! Un vrai plaisir pour qui a dû pendant tout ce temps passer par un urinal… Je peux aussi me promener dans les couloirs, et même sortir à l’extérieur. Mais avec mon déambulateur, qui porte ma bouteille d’oxygène, et me permet de m’assoir quand je veux. Il évite surtout les risques de chute : à cause de mon traitement à base de cortisone, il y a un risque d’ostéoporose, et rupture du col du fémur en cas de chute.

Les maîtres de ma récupération sont les kinés, qui vont me permettre de reconstituer la musculature que j’ai perdu (15 kg dans les trois semaines précédant l’hospitalisation, et les cinq semaines à l’hôpital) et avec elle une bonne part de ma capacité pulmonaire – sachant que la récupération de 100% devrait selon un médecin prendre… un an ! J’ai eu droit à mon arrivée à quelques tests de leur part pour connaître le point de départ. Clou du test : marcher pendant 6 minutes, avec oxygène a 2 litres, puis mesure du taux d’oxygénation du sang : 80%… contre les 90% requis… Il y a du boulot : séances de kiné individuelle, gymnastique, marche, vélo, relaxation… bref, tout l’arsenal classique pour remettre en forme un athlète !

Le centre qui m’a pris en charge a un siècle d’expérience dans le domaine…

Le tarif habituel dans ce genre de maison est 4 à 6 semaines.

Michel Bayet

 

Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 6 – l’intubation

Depuis des années je dis à mon épouse qu’en cas d’accident ou de maladie grave, je ne veux pas être intubé. Je considère en effet qu’à mon âge canonique  un acharnement thérapeutique n’a pas de sens: dépenser des sommes importantes, au frais de la collectivité, pour un résultat hasardeux me paraît déraisonnable.

Quand à J1 je suis arrivé aux urgences de l’hôpital de Besançon, j’ai fait cette déclaration spontanément à l’Interne de garde. L’interne a souri et n’a pas insisté. Mais quand deux jours plus tard, il devait me transférer dans un service spécialisé, il est revenu vers moi. Avec beaucoup de pédagogie et de finesse, il m’a expliqué les trois niveaux par lesquels on fournit de l’oxygène aux patients atteints de la chose :

1- Les lunettes. Un double tube qui débouche dans chaque narine est relié à une source d’oxygène qui peut fournir jusqu’à 15 litres par minute. Ce dispositif est assez courant: il arrive que l’on rencontre dans la rue des personnes qui portent leurs bouteille avec cet équipement.

2 – Le système dit optiflow. Même dispositif mais avec des tubes de 5 mm reliés à une centrale plus élaborée qui peut fournir jusqu’à 40 l/mn. Ce dispositif est plus confortable que le précédent, parce que l’oxygène est chauffée, alors que l’oxygène qui vient de la bouteille (lunettes) est en général plus froide, et donc m’a posé des problèmes de gorge, très sensible aux variations de température. J’ai bénéficié de ce deuxième niveau, sans doute en raison de la température plutôt que du débit.

3- L’intubation. Là on entre vraiment dans la réanimation hard: on met le patient en comas artificiel, on lui insère dans la gorge une canule, et c’est une machine qui mène la danse… Pour en avoir parlé avec le médecin du service, les patients qui passent plusieurs semaines dans ce dispositif ne reviennent pas en très bon état… Le service dans lequel j’étais ne disposait pas de ces machines, qui devaient être concentrées dans une autre unité.

Et lorsque l’interne m’a demandé dans quel service je souhaitais être transféré, je lui ai lâchement répondu que … c’était à lui de décider…

Michel Bayet

Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 5 – l’urinal

Même si comme pour tout un chacun il m’est arrivé de devoir séjourner quelques temps à l’hôpital, je ne suis jamais resté suffisamment longtemps sans pouvoir me déplacer, sur une jambe ou avec des béquilles le cas échéant. Je n’ai donc jamais eu à rester dans un lit de façon longue, sans avoir accès à la salle de bain.

Je l’avoue: on ne m’avait jamais appris à me servir d’un urinal! Rassurez-vous ne vais pas expliquer dans les colonnes des Nouvelles de Fontenay comment faire ! Je vais simplement raconter comment je l’ai appris à mes dépens…

A partir de mon expérience antérieure, j’ai pensé que le plus simple consistait à s’asseoir sur bord du lit, et d’utiliser à ce moment le fameux instrument. Sauf que cette manœuvre nécessitait plusieurs mouvements, consommateurs d’oxygène. En général, l’infirmière de garde intervenait pour augmenter le débit d’oxygène. Mais répéter cette manœuvre deux ou trois fois par nuit me laissait le matin en petite forme…

Constatant cette situation, l’équipe de nuit m’a proposé une stratégie: dès la demande de miction, j’appelle l’infirmière qui augmente mon débit le temps de régler l’affaire. J’ai essayé cette technique, mais qui n’a pas marché parce que la demande de la prostate – organe fort capricieux à partir d’un certain âge du superbe organisme mâle – était satisfaite avec encore plus de délai (le temps que l’infirmière réponde à mon appel). J’ai donc arrêté.

En réfléchissant un peu, je me suis dit que je passais l’essentiel de mes journées à deux choses: respirer et gérer mes mictions. Mictions beaucoup plus faciles à accomplir, pour moi, à partir du fauteuil. Un matin, je suggère donc à la nouvelle équipe de nuit de me laisser dormir dans mon fauteuil, assez vaste et dépliable pour en faire un lit au moins aussi confortable qu’un siège d’avion, dans lesquels j’ai passé pas mal de temps de ma belle jeunesse. Devant le peu d’enthousiasme des infirmières, j’en parle au médecin qui passait me voir ce matin, l’anesthésiste du dernier épisode, à qui je raconte ma vie, notamment prostatique, et qui me donne son accord sans hésiter pour le fauteuil.

Mais miracle : ce médecin, à la suite de notre échange, fonce chez l’urologue de l’hôpital, et me prescrit un traitement médicamenteux, qui change ma vie dans les trois jours… Grâce soit rendue à cette femme qui avait su m’entendre et sortir de sa spécialité !

Après trois jours de fauteuil, j’ai réintégré mon lit, après avoir négocié le changement de cet horrible matelas anti-escarre (un truc avec des boudins et un système de gonflage) très inconfortable.

Cette petite expérience m’a apporté trois choses : un calme prostatique comme jamais depuis des mois, savoir me servir rationnellement d’un urinal – parce que j’avais eu tout le temps d’y réfléchir – et un bon matelas moelleux à souhait…

Petite victoire sur la chair et sur les choses…

Michel Bayet

Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 4 (suite) – Pompez Shadocks : vidéo

Cette petite vidéo a été faite avec la complicité de mon étudiant kinésithérapeute Clément. Elle montre l’évolution de la saturation du sang et du rythme cardiaque sur un petit effort. Elle a été faite après deux semaines de rééducation. Elle n’est pas spectaculaire: Clément est un homme prudent!

Michel Bayet

 

Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 4 – Pompez Shadocks

À force de discussions avec mes divers médecins, qui ont tous répondu avec gentillesse et patience à mes questions – même si souvent ils ont avoué ne pas avoir la réponse – je me suis fait une certaine idée des mécanismes qui se sont s’appliqués à moi dans cette situation de COVID. En quelque sorte de me créer un modèle comme on dit chez les ingénieurs. Je vais le décrire avec mes mots. Merci aux experts de faire preuve de compréhension.

En ce qui me concerne, il me semble que je n’ai pas eu droit à la flambée du système immunitaire dont on parle dans les médias – puisque je n’ai pas été incubé – mais simplement à la fin de l’inflammation des poumons, et au traitement des dégâts.

Notre système cardio pulmonaire qui alimente en oxygène tout le reste de la machine est en fait une grande boucle d’asservissement : un capteur détecte le niveau de saturation du sang, et réagit quand il descend en dessous de 90 %. Il commence par accélérer le rythme cardiaque et le cas échéant le rythme respiratoire. Le problème du COVID, c’est que l’élément de puissance de la boucle d’asservissement, les poumons, n’ont pas la puissance nécessaire pour répondre à cette demande. Et à ce moment-là on commence à sentir une gêne. Le drame de la situation est que si l’on accélère volontairement le rythme respiratoire (que l’on peut consciemment contrôler, contrairement au rythme cardiaque), on augmente la demande d’oxygène pour alimenter les muscles de la cage thoracique. Et donc on demande à un système qui manque déjà de puissance, d’en fournir encore…

À l’hôpital, on sortait de cette situation de deux façons. 1- l’infirmière en télésurveillance intervient et augmente le débit d’oxygène – et donc la puissance du moteur de boucle d’asservissement ou 2 – on s’impose une cadence de respiration qui est à la limite de stabilité du système. C’est-à-dire les respirations suffisamment posées et profondes pour fournir le supplément d’oxygène qui permet de donner aux muscles des poumons le supplément de carburant. Le tout sans exagérer puisque des respirations trop profondes déclenchent une quinte de toux, ce qui complique encore la manœuvre, voire la bloque (détresse respiratoire ?). D’où l’insistance des kinésithérapeutes à l’hôpital pour apprendre, dès les premières séances, à respirer : respiration pas trop appuyée, pause, expiration libre. En pratique, la récupération peut aller avec une petite sueur froide dans le dos – au sens propre – qui vous laisse à plat. Fatigué… Suivant le débit d’oxygène, le retour à la normale peut prendre quelques dizaines de minutes. Ce mode de respiration demande un peu de self contrôle…

Une anecdote sur le sujet. Un matin, vers J15 ou J20, le kinésithérapeute qui voulait sans doute me tester m’enlève l’oxygène, et m’emmène faire un tour dans les couloirs du service, bien sûr en me tenant de façon souple mais ferme le bras. Le tour était en fait un carré qui devait représenter 30 à 40 pas. Comme le premier tour s’était bien passé il a enchaîné sur un deuxième. Et comme il avait choisi une cadence de marche bien alignée sur mon rythme respiratoire, je me sentais plutôt à l’aise : 1,2 inspiration, 3,4 expiration. Une adaptation de mon rythme de footing, qui à la vitesse à laquelle je le fais, est plutôt ternaire. Bien sûr cette respiration cadencée se faisait bouche pleine ouverte, plutôt bruyante ! Le tour se termine et le kinésithérapeute me rend à ma chambre.

Débarque alors dans ma chambre la médecin anesthésiste, qui devait faire fonction de médecin de garde, furieuse, qui me dit : c’est pas possible. J’ai entendu la « machine à vapeur » dans le couloir. Je vais interdire au kinésithérapeute de faire ça…

Moi qui pensait avoir bien fait ma part du job, me faire traiter de machine à vapeur…

A suivre, au prochain numéro.

À la réflexion, il m’est revenu en mémoire ma première rencontre avec l’oxygène : un fantastique vol en siège arrière d’un Alphajet… Ceci pourrait faire l’objet, disons d’une chronique optionnelle… si cela intéresse quelqu’un…

Michel Bayet