Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

Playdoyer pour prendre le temps d’une réflexion stratégique sur la Géothermie

L’engagement en catimini de ce projet par l’ancienne majorité sans information préalable et complète des Fontenaisiens, qui n’ont donc pas pu donner un avis sur un sujet qui les impacte fortement, est une n ième démonstration de la manière bien peu démocratique de fonctionner de la gestion de M. Vastel.

Conformément à ses promesses la nouvelle équipe municipale engage immédiatement l’information et le débat avec les Fontenaisiens.

Voilà un changement notable et positif de la gestion de la ville.

Aujourd’hui elle programme 2 réunions sur un sujet qui divise les habitants.

Je voudrais apporter quelques éléments de réflexion sur le projet de géothermie.

Introduction

Au delà des conséquences concrètes que l’actuel projet de Géothermie profonde aura sur la ville de Fontenay-aux-Roses, qui sont très importantes et devront évidement être étudiées en détail (nuisances sonores pendant et après la construction, importance des travaux dans les rues, perte d’une partie du seul stade multi-sport de Fontenay, coûts fermes et garantis sur le long terme pour l’utilisateur toujours pas communiqués, conséquence sur le coût pour l’utilisateur si le chauffage est moins utilisé, conséquence sur les finances de la ville si la rentabilité n’est pas assurée sur la durée, risques liés à une installation classée protection de l’environnement ICPE, etc.), ce projet doit nous amener à nous poser des questions face aux fortes contraintes environnementales actuelles et à venir avant de l’engager.

1/Rappelons d’abord que la Géothermie, qui consiste à se servir de l’eau chaude des nappes souterraines pour chauffer les habitations, est en règle générale une contribution positive à la lutte contre le réchauffement climatique en s’affranchissant de l’utilisation des ressources fossiles (pétrole et gaz).

Mais quelle Géothermie ? Pour répondre à quel besoin ?

Sans trop entrer dans le détail, il existe 3 grands types de Géothermie :

-la géothermie superficielle ou peu profonde (moins de 150 m pour obtenir de l’eau entre 5° à 30°C)

-la géothermie profonde (jusqu’à 2000 m pour obtenir de l’eau entre 60° à 90°C)

-la géothermie très profonde à haute température (au delà de 2000m pour obtenir de l’eau à plus de 150 °C)

Dans le cas qui nous intéresse ici nous regarderons les 2 premiers types de Géothermie adaptés au chauffage urbain.

Notons quelques caractéristiques générales de chacun des type de Géothermie hydrothermale profonde/peu profonde (sans exhaustivité bien sûr) :

La Géothermie profonde :    

  • Investissements lourds (profondeur des forages et pose des conduites d’eau dans les rues)  Dans le cas du projet pour nos 3 villes à ce jour une prévision de 75 M€ plus 1M€/km de voie (env 20kms) prévus sur les 3 villes concernées. Un total engagé de l’ordre de 100 M€
  •  Ne produit que de la chaleur puisque la température de l’eau récupérée en surface est de 60° à 90°
  •  Nécessite dans certains cas des apports d’énergie non renouvelables complémentaires, ici dans le cas du projet sur Fontenay, 30 à 35% d’apport de chaleur par le gaz.

Des exemples de réalisations :

-Chevilly la Rue, très positif avec ¾ d’énergie propre  et un complément en énergie renouvelable et récupérable EnR&R sans apport de gaz.

-Bagneux moins positif car moins de 40% d’énergie propre et complément avec 30% de pompes à chaleur et surtout 30% de gaz.

La Géothermie peu profonde :

  •  Investissements faibles (forage peu profond pour besoins très localisés)
  •   Produit une chaleur modérée puisque la température de l’eau récupérée en surface permet de chauffer les habitations à 17/18° nécessitant un complément électrique
  •  Pas d’énergie fossile
  • Permet un rafraichissement des habitations

Des exemples de réalisation :

-Palais de l’Elysée

-Issy-les-Moulineaux :600 logements et 40 000 m² de bureaux, avec commerces et services en pieds d’immeubles via nappe phréatique locale à 35 mètres sous terre, dont l’eau reste à température constante toute l’année (environ 15 ˚C)

2/ Les enjeux exogènes

i/ Le réchauffement climatique se traduit par des hivers moins froids et des étés beaucoup plus chauds.

Le rapport récent du Lancet indique que « Le réchauffement climatique provoque de plus en plus de décès en Europe. En 2024, la chaleur a provoqué la mort de 62 000 personnes en Europe. Les chaleurs extrêmes ont par ailleurs bondi de plus de 300% depuis les années 1990. ». En Europe du sud on mourra moins demain du froid que du chaud

Le rapport récent Copernicus montre que « l’Europe se réchauffe 2 fois plus vite que le reste du monde ».

ii/ Les récentes décisions gouvernementales françaises :

-interdisent les chaudières à gaz pour les bâtiments neufs à partir de fin 2027

-favorisent les solutions faisant appel à l’électricité excédentaire en France

-prévoient une augmentation progressive jusqu’à 50% du coût du gaz à partir de 2030 dû à la répartition des frais fixes constants d’acheminement sur un nombre en nette décroissance des utilisateurs.

iii/ Les durées d’amortissement des solutions lourdes en investissement, de l’ordre de 30 ans, posent la question de la rentabilité de ces solutions au regard des conséquences du réchauffement climatique avec la probable nécessité de moins chauffer les bâtiments .

iv/ Le décalage entre l’amortissement sur 30 ans de l’investissement et la durée de 15 ans de l’engagement obligatoire des utilisateurs fait porter un risque sur les finances des municipalités au-delà des 15 premières années.

v/ L’important niveau des subventions de l’Etat pour l’isolation thermique des bâtiments qui peut permettre d’éviter les investissements lourds de la géothermie profonde et composer avec des solutions alternatives  d’appoints électriques.

3/ En conclusion 

D’une part en termes de Géothermie, ces 2 types :

  •             ont toutes 2 des avantages et des inconvénients, de nature différente
  •             ne répondent pas au même besoin (chaleur seule ou chaleur et rafraichissement)
  •             n’ont pas la même incidence sur l’environnement local du fait de la modification des sites et de la voirie
  •             n’entrainent pas les mêmes coûts d’investissement
  •             ne présentent pas les mêmes risques face aux politiques énergétiques

D’autre part, n’existe-t-il pas d’autres solutions ou approches qui permettraient de satisfaire tout ou partie de la nécessité de réduire la production de gaz à effets de serre tout en garantissant un confort en chaleur et en fraicheur dans les habitations, avec des conséquences moins lourdes pour la ville ?

Du fait de ces interrogations, à ce stade, on ne peut pas s’affranchir d’une réflexion complète prenant en compte les constats énoncés ci-dessus avant de décider d’une solution à mettre en œuvre aujourd’hui pour le confort des immeubles de demain.

Donc, devant :

  • -la lourdeur des choix économiques et des implications environnementales locales,
  • -la quasi-irréversibilité de certaines solutions à mettre en parallèle d’un réchauffement avéré de l’atmosphère,
  • -les différentes solutions ou approches possibles (grande profondeur, faible profondeur, isolation, électricité, limitation des températures, etc.),
  • -des orientations des politiques énergétiques,

=> il convient avant toute décision définitive d’effectuer une comparaison complète de tous les facteurs coût/bénéfice/investissements/incidence locale/pérennité de la solution/etc. de toutes les solutions envisageables avant de définir celle qui sera la plus adaptée à notre ville et qui alors ne sera pas contestée.

Daniel Marteau


En savoir plus sur Les Nouvelles de Fontenay-aux-Roses

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

4 Commentaires

  1. […] Michel Faye était très critique sur le projet (voir cet article) et voulait l’arrêter. Il défendait une solution alternative basée sur une forte isolation thermique des bâtiments et l’utilisation de la géothermie de surface. Un article des nouvelles de Fontenay détaille cette position. […]

  2. Christian Enault Christian Enault 26 mai 2026

    Quelques remarques sans esprit partisan bien sûr.
    Des réunions d’informations sur la géothermie avaient été organisées fin 2024, j’ai assisté à l’une d’elles le 27 novembre 2024, dans un format identique à celle du 20 mai 2026 c’est à dire avec la participation de la mairie et de Géosud.
    Faire miroiter la géothermie peu profonde, eau disons à 15°C, comme une solution capable de chauffer des logements sans appoint gaz est assez trompeur. Cela nécessiterait un appoint électrique important tant pour le chauffage que l’eau chaude.
    Pour de nombreux logements de Fontenay datant des années 1970 pour lesquels l’eau de chauffage doit atteindre 75°C il est évident qu’il faut mieux partir d’eau puisée à 65°C, et pas de 15, avec des pompes à chaleur en complément et un appoint gaz qui tourne plutôt autour de 20 %. De plus ces logements ne sont pas équipés pour installer des radiateurs électriques et des ballons d’eau chaude, de plus leurs colonnes électriques sont en général de capacité insuffisante pour de telles installations .

  3. Jean-Max Drouot Jean-Max Drouot 21 mai 2026

    Il semble (intervention L. Zanolin à la réunion d’information du 20 mai) que la géothermie peu profonde est quasiment impossible sur la commune de Fontenay du fait d’une plaque de gypse souterraine qui se dissoudrait dans l’eau pompée pour la géothermie peu profonde. Est-il possible d’avoir des précisions sur ce sujet?

  4. Antoine Bouchez Antoine Bouchez 20 mai 2026

    La Région Ile de France a organisé ce mardi 19 mai un colloque sur la décarbonation de la chaleur grâce à la géothermie profonde. Ce serait intéressant d’avoir les éclairages de l’Ademe (Mme Aurélie Renaud), du BGRM (M. Frédéric Glanois), du Sipperec (Grégoire Fourcade) aux différentes questions que vous posez dans votre article (très intéressant même s’il y a quelques petites corrections à apporter). Les témoignages de villes telles que Versailles (Olivier Peres, DGS), de Chatenay-Malabry (M. Marc Feugère, adjoint au maire chargé de l’énergie), de Bagneux seraient de même très intéressants. Enfin, une réflexion sur les coûts, le montage et le financement du projet sont à regarder avec attention. L’Ademe (Nathalie Hébrard), la Région (Myriam Nicolas) et des cabinets spécialisés sur le sujet (Amorce ?) peuvent accompagner la réflexion.
    Bravo pour le lancement du débat. Sachons être posés, modérés, réfléchis pour prendre un engagement qui nous concerne pour plusieurs années.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.