Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

PLU, permis de construire et bétonnage de jardins

Des jardins privés arborés, potentiels îlots de fraîcheur, sont régulièrement transformés en immeubles

Selon l’École Normale Supérieure de Lyon, et son site geoconfluences-ens-lyon.fr :

« les îlots de fraîcheur sont des zones urbaines ou périurbaines qui offrent des températures plus fraîches que le reste de la ville environnante, (…) »

Sans surprise, la charte des espaces publics de Lyon, cité par ce site, préconise la création d’îlots de fraîcheur notamment pour réduire les effets de la surchauffe urbaine, réduire le recours à la climatisation (sic) et pour favoriser la biodiversité dans ces espaces végétalisés.

La création d’îlots de fraîcheur dans nos villes est certainement souhaitable, mais on devrait déjà commencer par ne pas détruire ceux qui existent. Je veux parler des espaces verts privés qui entourent à Fontenay comme ailleurs, bon nombre de pavillons ou d’immeubles. Or que voyons-nous ? Nous voyons que les communes autorisent la construction d’immeubles d’habitation sur les jardins souvent arborés d’anciennes maisons individuelles. Parfois elles sont conservées et intégrées sans beauté à la nouvelle construction, mais dans la plupart des cas la construction existante est purement et simplement détruite, et l’espace vert qui l’entourait transformé en béton.

Cette disparition des jardins privés, en pleine terre et arborés se fait à bas bruit, de façon discrète mais répétée, lentement, inexorablement. Avec le changement climatique qui produit des étés de plus en plus chauds, cette destruction d’espaces végétalisés ne sera pas sans conséquences…

La suite de cet article donne quelques exemples de transformation programmée ou déjà accomplie, d’espaces verts en béton.

L’îlot des potiers presqu’entièrement couvert d’immeubles

Cet îlot, propriété de Hauts de Seine Habitat (comme les Paradis), a la forme d’un quadrilatère situé entre la rue des potiers et la rue André Chénier, et dans la direction perpendiculaire, entre le square des potiers et la zone pavillonnaire.

Les photos ci-dessous donnent une vue aérienne de cet îlot AVANT et APRÈS les travaux

Un long discours est inutile. On voit clairement que la quasi-totalité de l’espace vert a disparu, remplacé par des immeubles. Fort heureusement le square des potiers, un moment menacé a été conservé mais son entretien laisse à désirer.

La cité des Blagis-Paradis passe de 819 à 1445 logements

On trouvera ci-dessous 3 figures :

La première tirée du site valléesud-aménagement.fr donne l‘historique de construction des différents bâtiments, 732 logements construits entre 1957 et 1962 et 87 en 1990. Soit au total 819 logements.

La seconde montre de façon plus lisible, la cité des Paradis telle qu’elle se présentait avant le démarrage des travaux.

La troisième montre le plan masse de la future cité des Paradis,

Sur les deux premières figures, on voit clairement que malgré l’ajout des bâtiments construits en 1990 et 1995, les barres d’immeubles sont séparées par de vastes pelouses dont on peut juste regretter qu’elles ne soient pas plus arborées. Leur disposition a été pensée pour permettre à leurs habitants de ne pas avoir de vis-à-vis sous leur fenêtre, qui leur barrerait la vue. Ils disposent ainsi d’espace et de lumière (et d’air pur ?) sans être loin de la ville, Paris est à 7 km. Il est dommage que la piètre qualité de construction de ces barres (humidité, absence d’isolation, bruit, fissures) impose leur destruction. Ajoutons à ce tableau défavorable le désamour actuel qu’on éprouve pour les barres d’immeubles. A mon avis à tort. Les immeubles qui bordent les rues de Paris, haussmannien ou pas, sont aussi d’immenses barres, ouvragées certes… mais proches les unes des autres.

La plaquette Quartier des Paradis le renouveau, diffusée par Valléesud, d’où est tirée la troisième figure, donne les chiffres suivants : 795 logements locatifs sociaux, 650 logements privés en accession, soit au total 1445 logements à construire. Chiffre à rapprocher des 819 logements antérieurs en cours de démolition. On n’est pas loin d’un doublement du nombre de logements. Ceci explique l’impression de densité de construction dégagée par la future cité des Paradis où il y aura bien plus de surface bâtie qu’actuellement et bien moins de surface végétalisée. Finie aussi la vue dégagée depuis les fenêtres des futurs logements, les habitants auront souvent un mur pas très loin sous leurs yeux. Bref l’opération de renouveau de ce quartier a pour conséquence une perte significative d’espaces verts. Le bois de platanes semble avoir bien rétréci et on se demande si les arbres dessinés sur le plan masse existeront bel et bien dans le futur.

Le jardin de la villa Baltard à Sceaux devient un simple terrain à bâtir

L’architecte Baltard, père du pavillon de même nom, a habité à Sceaux au n° 26 de la rue Bertron. C’est une jolie maison (voir photo) implantée sur un grand terrain arboré (6388 m² voir vue aérienne) situé entre la rue Bertron et le boulevard Desgranges. Le permis de construire affiché sur les murs de cette propriété prévoit la construction de 13 logements (13 maisons ?). Ici aussi ce projet, s’il se fait, va se traduire par la destruction d’une grande partie d’un espace vert de grande qualité.

Pour en savoir plus lisez la gazette de Sceaux : La fin de la maison Baltard : prologue

La maison à l’angle avenue Jean Perrin allée Jean Baral à Sceaux bientôt remplacée par 6 nouvelles maisons

Cette maison sans numéro se trouve sur un terrain de 1494 m². Le permis de construire prévoit sa démolition et la construction de 6 maisons individuelles. Là encore c’est un cas de disparition imminente au moins partielle d’un espace vert arboré.

Je pourrais citer bien d’autres exemples où des jardins ont été remplacés par des immeubles, la copropriété où j’habite par exemple, a été construite dans les années 80 sur un vaste terrain arboré, ce qui montre que le mal est ancien. Le cumul d’espaces verts perdus depuis ces années ne fait qu’augmenter.

Conclusion

C’est la réglementation mise en place par les pouvoirs publics eux-mêmes, ici le Plan Local d’Urbanisme (PLU), trop permissif, qui permet  de construire des immeubles sur les jardins de pavillons existants, lorsqu’ils ont une taille suffisante. Visiblement les PLU actuels n’ont pas été dimensionnés pour répondre au changement climatique. Il suffit de se promener à Fontenay ou dans les communes environnantes pour voir que trop souvent d’anciennes maisons de maître, souvent en meulière sont bizarrement accolées aux immeubles qu’on vient de construire sur le terrain de ces maisons, terrain autrefois végétalisé aujourd’hui bétonné. Il y a aussi le cas du pavillon trop petit qu’on agrandit, au détriment du jardin qui l’entourait. Autre cas, la division de parcelle permet à un propriétaire de vendre un bout de son jardin à un second propriétaire qui y construira sa maison. Dans tous les cas ce sont des jardins parfois arborés qui disparaissent et avec eux autant d’ilots de fraicheur, le tout avec l’accord de la puissance publique.

Les pouvoirs publics auraient pourtant les moyens de préserver les espaces verts privés existants et d’éviter leur bétonisation. Ils disposent pour cela des PLU des communes qui pourraient être plus sévères. Mais en fait ils font plutôt l’inverse… Ils veulent densifier nos communes et tant pis si elles deviennent invivables en été. Cela dit, ni un maire, ni un préfet, ne peuvent tout interdire au nom de la protection du climat, il se mettraient à dos les propriétaires de foncier (qui sont aussi des électeurs) dont les intérêts financiers seraient menacés.

Soyons réalistes, l’argent passe avant la protection du climat. Il ne faut pas attendre des propriétaires privés qu’ils maintiennent leurs jardins en l’état, simplement pour contribuer à la limitation pour tous, des effets des prochaines vagues de chaleurs. Qui donc les forcerait à le faire !

Alors que peut-on espérer côté public. Un point positif, les espaces verts publics ne sont en général pas menacés de disparaître. Mais on demande beaucoup plus pour adapter les villes au changement climatique. Il faut de vrais îlots de fraîcheur et en nombre suffisant. A ce sujet je me suis demandé quelles actions les maires de Fontenay ou des communes voisines, pouvaient revendiquer comme action d’adaptation de leur commune au changement climatique, en particulier dans la lutte contre les îlots de chaleur. J’avoue que je n’en vois aucune. Peut-être pourrait-on trouver des actions d’aménagement des cours d’école, mais n’ayant plus d’enfants en âge scolaire je suis mal informé. Si de telles actions ont été réalisées, il faut les saluer, sinon il faut les engager. A part ce cas particulier, finalement on ne peut pas non plus attendre grand-chose de la puissance publique en matière d’adaptation de nos villes au changement climatique. Cette adaptation demanderait du courage et des renoncements que les politiques ne semblent pas prêts à prendre, verdir, construire autrement. Je l’écris à regret.

Cette situation semble aussi provenir de la méfiance des politiques vis-à-vis des actions d’adaptation au changement climatique. Selon eux, l’adaptation menacerait les actions de protection du climat (combattre le CO2). On verrait sa dégradation comme inéluctable, et donc l’adaptation au futur climat comme seule stratégie utile. D’où leur hostilité vis-à-vis de la climatisation.

Le problème est que les actions de protection du climat sont des actions à long temps de réponse, qui se mesurent en décennies, voire en siècles. Remplacer nos voitures thermiques par des électriques demandera des années, et encore des dizaines d’années pour produire une baisse significative du taux de CO2 dans l’atmosphère. Même chose pour le remplacement de nos chaudières thermiques par des pompes à chaleur.

Or les canicules sont déjà là. Elles menacent nos vies, celles de nos enfants. Il faut d’autres mesures que celles citées ci-dessus pour s’en protéger. Îlots de fraîcheur et climatisation en font partie. Ne détruisons pas le peu d’espaces végétalisés, privés ou publics, qui restent dans nos villes de banlieue. Ils sont précieux.

Daniel Beaucourt, juillet 2026

 


En savoir plus sur Les Nouvelles de Fontenay-aux-Roses

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Soyez le premier a laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.