ÉLECTRICITÉ : À PROPOS DES COMPTEURS LINKY (3/4) – QUE REPROCHE T’ON GÉNÉRALEMENT AUX COMPTEURS LINKY ? (1/2)

Dans deux précédents articles, j’ai essayé d’expliquer à quoi servait le compteur communicant Linky (lire ici), et comment il fonctionnait (lire là).

Je vais aujourd’hui, dans ce troisième article, m’intéresser aux premiers reproches généralement formulés à l’encontre du compteur Linky.

NB : les lecteurs attentifs auront noté que j’avais annoncé une série de 3 articles et que je suis maintenant passé à 4. J’ai choisi de scinder en deux l’article sur les « reproches faits aux compteurs Linky » qui aurait pu être trop long…

Linky est dangereux car il ajoute des ondes électromagnétiques dans chaque foyer ?

On ne peut pas nier que Linky ajoute des ondes électromagnétiques dans notre environnement (Cf. mon second article). Et certains tribunaux, comme les Tribunaux de Grande Instance de Foix, Toulouse ou Bordeaux, ont donné raison à des particuliers électrosensibles qui refusaient les compteurs Linky. Ces cas restent rares.

Sur ce risque sanitaire, voici par exemple ce qu’on trouve sur le site de l’UFC – Que Choisir, faisant référence à une étude de l’Agence National de Sécurité Sanitaire (ANSES) (lien : https://www.quechoisir.org/actualite-compteur-linky-des-risques-sanitaires-peu-probables-n23491/) :

” Les consommateurs peuvent être rassurés par l’expertise publiée jeudi 15 décembre. Elle conclut en effet « à une faible probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants, dans la configuration de déploiement actuelle, engendre des effets sanitaires à court ou long terme ».

Que ce soit en champ électrique ou magnétique, précise l’Anses, « les compteurs Linky sont à l’origine d’une exposition comparable à celle d’autres équipements électriques déjà utilisés dans les foyers depuis de nombreuses années ». Autrement dit, les compteurs Linky ne présentent pas plus de risques pour la santé que les téléviseurs, les chargeurs d’ordinateur portable ou les tables de cuisson à induction.”

Sur le sujet, on peut également faire remarquer que les compteurs Linky sont généralement placés en dehors du logement (dans un placard sur le palier pour les appartements ou sur le mur d’enceinte pour les pavillons) et n’émettent des données que pendant quelques fractions de seconde chaque jour, contrairement aux smartphones que nous avons presque tous dans notre poche ou aux box Internet qui équipent la quasi-totalité des foyers…

Conclusion : Oui, Linky émet des ondes électromagnétiques, mais non, elles ne sont pas plus dangereuses que toutes celles auxquelles nous sommes déjà exposés…

Linky porte atteinte à notre vie privée ?

Pour avoir examiné, il y a déjà quelques années, des résultats d’étude d’équipes de Recherche et Développement du secteur de l’énergie, je peux confirmer que l’examen des courbes de consommation d’électricité d’un foyer, relevées sur des pas de temps de l’ordre de la minute ou moins, permet de déduire beaucoup de choses sur le fonctionnement du foyer : à quelle heure ils se lèvent (la cafetière électrique est mise en marche), quand ils partent le matin ou rentrent le soir (éclairage électrique), quand ils s’absentent (vacances et week-end), s’ils reçoivent des proches (plus d’éclairage nocturne, moins de chauffage), comment ils utilisent lave-linge et lave-vaisselle, etc.

C’est pourquoi la Commission National Informatique et Liberté (CNIL) a exigé que les courbes de charge électrique soient mesurées avec un pas de temps minimum de 30 minutes, et seulement avec l’accord explicite du client.

Et la CNIL a démontré qu’elle savait contrôler l’application des règles ! Ainsi, Direct Energie en 2018, puis EDF et Engie en 2020, ont été mis en demeure de se mettre en conformité. La CNIL ne leur reprochait pas de collecter les données sans l’accord des clients, mais plutôt de ne pas recueillir cet accord en s’assurant que le client était bien conscient des conséquences de son acceptation… Et avec le nouveau Règlement Européens de Protection des Données Personnelles, la peine encourue en cas d’infraction peut aller jusqu’à quelques pourcents du chiffre d’affaire du groupe… On parle là de centaines de millions d’Euros !

Ceci-dit, la vigilance de chacun reste nécessaire. J’ai, par exemple, participé avec mon fils, qui occupe son propre logement dans une ville de province, à une expérience : nous avons équipé son appartement, déjà doté d’un compteur Linky remontant la courbe de consommation à 30 minutes, d’un thermostat communicant qui remontait régulièrement la température intérieure, l’écart avec la température extérieure et quelques informations sur la qualité de l’air dans le logement. En examinant les courbes, je n’avais plus besoin de lui demander quand il découchait ou quand il recevait des amis le soir… Donc attention à toutes ces offres qui vous proposent de tout optimiser dans la maison à partir de quelques capteurs…

Conclusion : Oui, potentiellement, Linky peut porter atteinte à notre vie privée, mais les règles d’utilisation édictées par la CNIL, et les contrôles qu’elle effectue, réduisent considérablement ce risque. Mais c’est également à chacun d’entre nous d’y veiller…

Dans le prochain article, je vous parlerai de trois autres reproches faits au compteur Linky : l’obsolescence programmée des anciens compteurs, le coût de Linky pour les clients et sa trop grande rigueur de comptage.

Michel Giraud