Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 2- la première bouchée

La première bouchée, c’est celle du matin, la première que vous infligez au petit pain qui ne vous a rien fait, et que vous vous proposez de déguster au petit déjeuner. Cela est d’une grande banalité, et on reproduit ce geste tous les jours sans s’en rendre compte. Mais dans le cas du COVID, où la faiblesse est un élément caractéristique de l’état physique, il devient un acte de quasi souveraineté…

Comme je le décrirai plus en détail, la faiblesse ou grande fatigue, est, en ce qui me concerne, l’état permanent  du COVID. À savoir, le moindre effort consomme en quelques secondes le stock d’oxygène que l’on a dans le sang, et il faut plusieurs minutes de respiration, plus ou moins difficiles, pour récupérer cette dépense. Or il se trouve que l’opération de mordre, de sectionner, de mastiquer et de déglutir une bouchée de tartine, est considérée par la mécanique de notre corps comme une petite opération. Elle est à ce titre exonérée des exigences de respiration compensatoire évoquées ci-dessus. En clair, on la démarrant on est sûr de la terminer. On a donc le contrôle! On est vivant.

Mais cette petite victoire ne se gagnait pas si facilement. Hormis le fait qu’elle se situait après une nuit plus ou moins difficile – on en reparlera – il fallait encore passer l’épreuve de la confiture. Quand j’étais à l’hôpital de Besançon, SODEXHO proposait un petit déjeuner classique : café au lait, pain, beurre, confiture. Sauf que que la confiture, de la méchante marque NOVA, refusait de coopérer. Normalement ce genre de boîtier est recouvert d’une fine membrane plastique, collée sur la périphérie, à l’exception d’un angle que l’on soulève pour retirer le couvercle. Sauf que, pour des raisons industrielles  mystérieuses, il n’y avait pas de coin libre de colle, et le couvercle gardait jalousement son contenu!

Qu’à cela ne tienne ! Cette fine lame de plastique n’allait tout de même pas résister à un bon vieux couteau. Là encore, surprise : pour des raisons liées au COVID, les couverts de l’hôpital sont en… bois! Un bon bois du Jura sans doute, mais même les dents de la  fourchette ne sont pas assez pointues pour percer le plastique. Le premier jour j’ai demandé à une infirmière de venir à mon secours. Mais par la suite je me suis senti obligé de trouver une solution: me présenter comme ingénieur aéronautique, et ne pas arriver à régler un problème d’opercule paraissait incongru… En brisant une des dents de la fourchette, on crée une extrémité suffisamment aiguë capable de venir à bout du plastique… Mon épouse m’a par la suite apporté un pique-olive et le problème était réglé de façon plus technologique.

Voilà toute l’histoire de la première bouchée et de sa fourchette en bois.

Michel Bayet