Chronique d’un Fontenaisien qui est atteint du COVID : 5 – l’urinal

Même si comme pour tout un chacun il m’est arrivé de devoir séjourner quelques temps à l’hôpital, je ne suis jamais resté suffisamment longtemps sans pouvoir me déplacer, sur une jambe ou avec des béquilles le cas échéant. Je n’ai donc jamais eu à rester dans un lit de façon longue, sans avoir accès à la salle de bain.

Je l’avoue: on ne m’avait jamais appris à me servir d’un urinal! Rassurez-vous ne vais pas expliquer dans les colonnes des Nouvelles de Fontenay comment faire ! Je vais simplement raconter comment je l’ai appris à mes dépens…

A partir de mon expérience antérieure, j’ai pensé que le plus simple consistait à s’asseoir sur bord du lit, et d’utiliser à ce moment le fameux instrument. Sauf que cette manœuvre nécessitait plusieurs mouvements, consommateurs d’oxygène. En général, l’infirmière de garde intervenait pour augmenter le débit d’oxygène. Mais répéter cette manœuvre deux ou trois fois par nuit me laissait le matin en petite forme…

Constatant cette situation, l’équipe de nuit m’a proposé une stratégie: dès la demande de miction, j’appelle l’infirmière qui augmente mon débit le temps de régler l’affaire. J’ai essayé cette technique, mais qui n’a pas marché parce que la demande de la prostate – organe fort capricieux à partir d’un certain âge du superbe organisme mâle – était satisfaite avec encore plus de délai (le temps que l’infirmière réponde à mon appel). J’ai donc arrêté.

En réfléchissant un peu, je me suis dit que je passais l’essentiel de mes journées à deux choses: respirer et gérer mes mictions. Mictions beaucoup plus faciles à accomplir, pour moi, à partir du fauteuil. Un matin, je suggère donc à la nouvelle équipe de nuit de me laisser dormir dans mon fauteuil, assez vaste et dépliable pour en faire un lit au moins aussi confortable qu’un siège d’avion, dans lesquels j’ai passé pas mal de temps de ma belle jeunesse. Devant le peu d’enthousiasme des infirmières, j’en parle au médecin qui passait me voir ce matin, l’anesthésiste du dernier épisode, à qui je raconte ma vie, notamment prostatique, et qui me donne son accord sans hésiter pour le fauteuil.

Mais miracle : ce médecin, à la suite de notre échange, fonce chez l’urologue de l’hôpital, et me prescrit un traitement médicamenteux, qui change ma vie dans les trois jours… Grâce soit rendue à cette femme qui avait su m’entendre et sortir de sa spécialité !

Après trois jours de fauteuil, j’ai réintégré mon lit, après avoir négocié le changement de cet horrible matelas anti-escarre (un truc avec des boudins et un système de gonflage) très inconfortable.

Cette petite expérience m’a apporté trois choses : un calme prostatique comme jamais depuis des mois, savoir me servir rationnellement d’un urinal – parce que j’avais eu tout le temps d’y réfléchir – et un bon matelas moelleux à souhait…

Petite victoire sur la chair et sur les choses…

Michel Bayet