Les plantes toxiques dans les jardinières de la place de l’Eglise (suite)

Suite de l’article du 3 juillet :

Pourquoi des fleurs toxiques ont été mises dans les jardinières de la place de l’Eglise ?

Il y a eu 2 commentaires que nous avons repris dans l’article, dont celui de Mr Olivier SASSOT, Docteur vétérinaire.

Celui-ci nous a fait part de son intervention directe auprès de la municipalité en vue de l’arrachage des plants concernés, effectivement toxiques, 

16 juillet – par courrier, le Maire écarte tout arrachage et dit sa préférence à « ces plantes très esthétiques » dont « le risque n’est absolument pas élevé ».

18 juillet –  Mr Olivier SASSOT, Docteur vétérinaire se voit contraint de relancer la municipalité une dernière fois et nous transmet simultanément la teneur de son courrier, pour l’information nécessaire des administrés.

Réponse de Mr Le Maire :

« Monsieur,

J’ai bien pris connaissance de votre courrier en date du 04 juillet dernier concernant les plants récents de plantes décoratives sur notre commune.

Je vous informe que les plantes qui fleurissent désormais la place de l’Eglise et le parvis de la Mairie ne sont pas des Brugmansia mais des Datura. Bien que proches, il ne s’agit pas des mêmes plantes.

Les Datura ont un caractère également faiblement toxique, mais aucun accident n’a été constaté en France dernièrement. Par ailleurs, une large majorité de communes sur notre territoire possède des Datura dans leur massif. Le risque que vous mentionnez n’est absolument pas élevé et ne mérite aucun retrait de ces plantes très esthétiques.

Naturellement, vous comprendrez que nous restons particulièrement vigilants sur les plantations de ce genre.

Le Service des Espaces Verts de la ville de Fontenay-aux-Roses reste à votre disposition pour toute question complémentaire.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.

Laurent VASTEL« 

Réponse de  Mr Olivier SASSOT :

« Monsieur le Maire

Vous avez bien voulu répondre à mon courrier du 04 courant concernant la présence de plantes toxiques signalées par les administrés dans les jardinières de la ville, notamment place de l’Eglise, et je vous en remercie.

Vous souhaitez distinguer Brugmansia et Datura qui présentent pourtant la même toxicité, au point que les publications universitaires de référence les réunissent systématiquement. Tel est le cas de la thèse de doctorat en médecine (119 pages, 65 réf) du docteur Jean-Marc BARAN :

http://docnum.univ-lorraine.fr/public/SCDMED_T_2000_BARAN_JEAN_MARC.pdf) et bien d’autres sources (*) consultables aisément.

Vous y trouverez rappelés les critères de diagnose entre Brugmansia et Datura, bien que cela présente un intérêt pour les seuls botanistes mais aucun intérêt médical tant les propriétés toxiques de ces deux solanacées sont superposables. Pour l’anecdote seulement, vous y apprendrez que les dénominations sont fluctuantes, selon les utilisateurs qui ne sont pas tous botanistes mais parfois pépiniéristes ou simples fournisseurs. Notez en particulier qu’en raison des fleurs tombantes qui les ornent, les grands plants de Daturas qu’on vous a fournis sont plus vraisemblablement des Brugmansias, souvent faussement appelés datura suaveolens (page 92), rigoureusement de même toxicité (page 59).

Plus intéressante, la revue faite par notre confrère des intoxications recensées (page 67) tant individuelles que collectives, involontaires ou volontaires, récréatives (page 69) ou criminelles (page 48) dont je vous ai précédemment rappelé la liste. Actuellement, l’hospitalisation au service des soins intensifs est la règle (page 64).

La conclusion revient à l’ANSM (Commission Nationale des Stupéfiants et des Psychotropes, 15/12/2009, http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/782c00f81619946fdb54bad8ee73b745.pdf) qui rappelle: « Le Datura (stramoine) et ses préparations sont classés sur la liste I des substances vénéneuses.

L’article L.5132-8 du Code de la Santé Publique précise que « la production, la fabrication, le transport, l’importation, l’exportation, la détention, l’offre, la cession, l’acquisition et l’emploi de plantes, de substances ou de préparations classées comme vénéneuses sont soumises à des conditions définies par décrets en Conseil d’Etat ». L’article L.5432-1 du Code de la Santé Publique punit de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de ne pas respecter les dispositions réglementaires de l’article L.5132-8, »

La commission conclut notamment: « Compte tenu de ces différentes données, le rapporteur propose de sensibiliser les partenaires institutionnels concernés (Ministère de l’agriculture, Préfectures, etc) sur les dangers liés à la consommation du datura à des fins récréatives afin que ces derniers puissent engager au niveau local, des mesures préventives telles que la non plantation du datura dans les jardins publics ou dans des zones sensibles [sites accessibles aux jeunes enfants et adolescents (crèches, écoles, collèges et lycées)]. »

Pour ma part, l’avertissement me parait suffisant et je considère avoir rempli mon rôle de conseil professionnel éclairé, vous laissant le soin d’adopter -ou pas- les mesures utiles.

Pour mémoire, à titre de précaution, je recommande à nouveau d’arracher les plants concernés aussi décoratifs soient-ils.

Cordialement.

Dr Vét Olivier SASSOT »

 (*) Autres sources :

https://www.ata-journal.org/articles/ata/pdf/2004/01/ata20041p22.pdf

https://www.ata-journal.org/articles/ata/pdf/2010/04/ata100023.pdf

http://www.centres-antipoison.net/cctv/rapport_cctv_datura_stramonium_v6_2010.pdf

http://portail-documentaire.univ-nc.nc/files/public/bu/theses_unc/TheseYannBarguil2011.pdf

http://medecinetropicale.free.fr/cours/intoxplante.pdf

http://pepite-depot.univ-lille2.fr/nuxeo/site/esupversions/74c5552e-900c-44f0-ac63-4a6b3c71a0d1

Commentaire NDF :

Nous pensons qu’en cas de doute, il vaut mieux enlever les plantes.

Les commentaires sont fermés.