L’aménagement de l’Avenue Jean Moulin (RD63) : un bilan

L’avenue Jean Moulin est une route Départementale qui relie le Sud du Département au centre-ville de Fontenay-aux-Roses et à Paris.
C’est une liaison directe vers l’A86, avec plus de 11 000 véhicules / jour.
Elle traverse une zone essentiellement pavillonnaire.

Situation avant les travaux

La RD avait besoin d’être refaite, car la voirie était dégradée (cause de vibrations).
Les trottoirs étaient dégradés et les arbres peu mis en valeur et abîmés.
La partie située entre la rue du Dr Soubise et les Mouilleboeufs avait déjà été refaite, il y a 5 ans.

Vitesse des véhicules

La RD est sur le territoire de la commune de Fontenay qui est entièrement en zone 30 km/h. C’est donc une voie de transit à 30 km/h, mais qui est à 50 km/h dans les autres communes qu’elle traverse, comme Chatillon et Sceaux. L’avenue ne dessert aucune école directement.

Les mesures réalisées en 2016/2017 sur 512 092 véhicules par le Département montrent :

-        Seulement 15 % des véhicules roulent à une vitesse inférieure à 30 km/h.
-        50 % des véhicules roulent entre 30 et 40 km/h
-        95 % des véhicules roulent à une vitesse inférieure à 50 km/h.

Ces mesures ont été effectuées avec un radar pédagogique installé

Nous avons fait des observations qui ont fait l’objet d’un article précédent :

http://www.nouvellesdefontenay.fr/quelle-est-la-politique-de-la-mairie-concernant-la-limitation-de-vitesse-sur-lavenue-jean-moulin/

  • Même les bus ne respectaient pas la limitation de vitesse.
  • 85 % des véhicules ont une vitesse supérieure à 30 km/h.

Quel était le principe de l’aménagement ?

Coupe du projet de la voirie pour la circulation venant du carrefour des Mouilleboeufs.

Plan de l’avenue au niveau de la rue Augustin Claude

Plan de l’avenue au niveau de la rue Joseph Bouille

Ce qui était annoncé :

-        Des espaces piétons plus confortables
-        Un caractère moins routier
-        Un itinéraire cyclable sécurisé vers le centre-ville
-        Une mise aux normes des quais bus aux personnes à mobilité réduite (PMR)
-        Des places de stationnement rationalisées

Qu’en est-il pour le stationnement des voitures ?

-         6 places en moins par rapport à la situation actuelle : 32 places existantes ; 26 places dans le projet + 1 place PMR
-         Diagnostic des places de stationnement : 17 places occupées en journée et 21 en soirée (diagnostic effectué en 2016)

Comme cela a été signalé, presque toute l’avenue n’est bordée que de pavillons. Ceux-ci doivent normalement garer leur(s) voiture(s) à l’intérieur de leur propriété. D’après le diagnostic, il ne manque pas de places de stationnement, même en soirée. Beaucoup des voitures qui sont garées appartiennent à des riverains.

Qu’en est-il pour les piétons ?

2 feux qui n’existaient pas ont été installés près de 2 carrefours. Ils sont à déclenchement par les piétons qui veulent traverser l’avenue :

-        Après le croisement de la rue Augustin Claude 
-        Après le croisement de la rue François-Joseph Bouille

Les deux passages sont distants d’environ 100 m. On peut regretter qu’un passage piéton supplémentaire, même sans feu, n’ait pas été tracé entre les deux.

Déjà les trottoirs étaient assez larges, mais cette fois par endroits, la largeur atteint presque 3 m comme le montre la photo et le plan en coupe (largeur stationnement 2.0 m, largeur trottoir 2.75 m)

Circulation et arrêts de bus

Pourquoi les arrêts de bus n’ont pas été fait en décrochement, comme il y avait largement la place de le faire ?

De plus lorsque les bus s’arrêteront, cela bloquera complètement la circulation des voitures et des vélos. Cela permet quand même l’installation d’un abri bus sans rétrécir le passage des piétons (surtout ceux avec des poussettes ou en fauteuil roulant).

Un caractère moins routier ?

Par rapport à l’ancienne situation, la bande de roulement a été entièrement refaite. Elle a l’avantage d’être beaucoup moins bruyante.

Mais le trajet rectiligne incite plutôt à la vitesse et dans les 2 sens. Le garage Renault a observé des véhicules à près de 100 km/h (!) et des bus à 60 km/h.

Qu’en est-il pour les cyclistes ?

Il y a effectivement une bande cyclable qui existe depuis le carrefour des Mouilleboeufs jusqu’à la rue du Stand. Par contre, dans l’autre sens, aucun espace n’a été aménagé pour les cyclistes. Cela pose plusieurs problèmes :

  • Problème juridique : la Loi LAURE oblige les collectivités à aménager un itinéraire cyclable dans les deux sens lors d’un réaménagement de la route, et surtout pour les rues à forte fréquentation (https://www.fub.fr/droit).
  • Problème de sécurité et de cohabitation : soit les automobilistes sont bloqués derrière les cyclistes et s’impatientent facilement, soit les automobilistes doivent doubler les cyclistes en empiétant largement sur la voie opposée. « Largement » car (i) le cycliste doit rouler à 1 m. environ des voitures garées sur le côté pour ne pas se prendre une portière, et en plus (ii) les automobilistes doivent respecter 1 m. de distance de sécurité réglementaire pour ne pas mettre le cycliste en danger.

Cette situation est d’autant plus dangereuse :

  • que les véhicules circulent à une vitesse bien supérieure à 30 km/h
  • que rien ne sensibilise les automobilistes à la présence de cyclistes sur cette voie

Le seul point positif est d’avoir mis à chaque carrefour un « sas » vélo, où les cyclistes peuvent se mettre devant les voitures ou les camions. Cela sécurise les cyclistes, qui peuvent démarrer de façon bien visible et qui peuvent aussi se ranger à gauche pour tourner à gauche au lieu de devoir attendre le flux des voitures allant tout droit. Cela évite aussi aux cyclistes d’attendre dans les gaz d’échappement. Malheureusement ces sas, prévus dans le Code de la Route depuis 1998, sont trop rarement respectés.

Un « sas » vélo à chaque carrefour

Quelles sont déjà les mauvaises utilisations ?

Une voiture garée devant son bateau, à cheval sur la piste cyclable. Il est interdit de se garer sur un bateau, mais pourtant cela se produit également sur le bateau d’accès au garage Renault. Ce sont souvent des véhicules qui se garent pour téléphoner.

La présence de potelets, destinés à empêcher le stationnement sur le trottoir, a en fait pour effet secondaire de favoriser l’arrêt sur la piste cyclable des véhicules qui ont à décharger des objets encombrants.

Que peut-on faire pour ralentir la circulation ?

-        Remettre un radar pédagogique, qui a prouvé son efficacité lors des mesures en 2016-2017
-        Mettre en place des feux « pédagogiques » qui se déclenchent quand les voitures dépassent le 30 km/h, comme sur l’avenue Raymond Croland, mais avec des panneaux d’explication bien visibles

Comment faire pour les cyclistes ?

Le circuit marqué en rouge correspond aux pistes cyclables existantes.

Venant des Mouilleboeufs, il  existe une bande cyclable, très étroite, des Mouilleboeufs à la rue Briant, (voir photo) :

Puis, il y a une bande cyclable, qui est bien matérialisée, sur l’avenue jusqu’à la sortie de la rue Briant. Elément positif : elle est bien séparée des piétons. Par contre, on peut se demander pourquoi la piste cyclable est quasiment au niveau de la route. Une piste cyclable davantage surélevée est plus visible, mieux séparée et décourage les automobilistes de rouler sur la bande cyclable.

La piste cyclable surélevée pose deux autres problèmes. D’abord elle n’est pas continue au niveau de la couleur mais découpée en plusieurs tronçons jaunes séparés de tronçons noirs, ce qui la rend moins lisible. Ensuite, à chaque nouveau tronçon elle présente des ressauts qui secouent le cycliste et son matériel inutilement :

Dans l’autre sens aucun espace n’a été aménagé pour les cyclistes. Les cyclistes sont par conséquent mélangés avec les voitures dans une voie étroite alors qu’il n’y a pas assez de place pour assurer leur sécurité sur cette route de transit à forte fréquentation.

Il serait peut-être possible de mettre une bande cyclable sur le trottoir, compte-tenu de la largeur du trottoir, qui peut atteindre 3 m (2.75 m sur le plan). Une bande cyclable de 1.25 m de large pourrait être envisageable. Il reste au moins 1.50 m pour les piétons, ce qui permet la circulation des PMR et respecte les normes en vigueur (1.40m minimum).

Auteur : Jean François Bresse. Contributeurs : Caroline Kervarc, Stein Van Oosteren, David Chabbal, Hélène Chabanas

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