L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 14/14)

Chapitre 14ème  : Epilogue

Le soir du lundi, soit 2 jours après leur enlèvement aéroporté, le maire et l’ancien maire sont ramenés dans une voiture banalisée à Roses-les-Trois ou Cinq-Fontaines ; plus personne ne sait.

Ils se font déposer devant la mairie, le bassin et sa statue. Ils ne sauront jamais, pourquoi ils ont été enlevés, ni où ils ont pu aller, et surtout à quoi l’un ou l’autre aura échappé.

Finalement, ils ne sont pas mécontents de leur mésaventure. Ils ont vécu 2 jours dans un lieu surprenant. Ils ont choisi chacun de commander des plats et ils ont goûté des mets exquis sortant de l’ordinaire avec des vins et spiritueux adaptés dont ils n’ont pas abusé car, rappelons-le, ils sont tous les deux médecins.

L’un aura passé de nombreuses heures à faire du sport en essayant toutes les possibilités de l’appareil de musculation multi fonctions avec ou sans le gilet à impulsions électriques. Et il aura ressenti de nombreuses courbatures jusqu’à la fin de la semaine suivante. Après avoir zappé sur les chaines d’information, le second hôte aura bien apprécié la chaine 18 puis lassé, il sera revenu sur les 4 autres chaines. Et miracle, par une combinaison d’appuis touches imprévus, il sera tombé sur d’autres chaines que celles préprogrammées : anglophones, allemandes, chinoises, portugaises, etc. Ceci lui aura permis d’entrevoir une vision différente de celle des chaines francophones.

Ainsi, ils auront pu se dégager de leur vie courante, ô combien chargée, avec ce week-end improbable, et auront été choyés comme des ……………. coqs en pâte !

Ils se saluent et repartent chacun chez eux en réfléchissant à cette séquestration confortable qu’ils ont vécue.

Comme en ce soir du dernier jour de novembre il fait vraiment froid, en chemin ils s’emmitouflent dans leur veste d’hiver, et mettent leurs mains dans leurs poches. Et surprise, elles sont pleines d’une poudre de quelque chose, froide naturellement mais assez dense tout de même. Leur premier geste est de retirer leurs mains de leurs poches en prenant une poignée de cette poudre. Chacun de leur côté, à la lumière des réverbères ils regardent ce que c’est, puis laissent couler la matière sur le sol. C’est du sable. En plus de leur absence inexpliquée, qui donc a pu leur faire cette farce ?

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 13/14)

Chapitre 13ème  : Dans lequel un grain de sable fatidique fait irruption dans cette assemblée

Tous les membres de ce Conseil, y compris les gardes du corps, se regardent, se congratulent. Tous étudient ou relient les notes fournies dans le fascicule. Certains font semblant de refaire des calculs, bien que n’y comprenant pas grand chose. La profondeur en palmes au carré du bassin par rapport à la magnitude relative d’une des étoiles considérées, fait réfléchir certains. Le cheminement souterrain de l’arrivée de l’eau jusqu’à son évacuation fait beaucoup d’effet, en particulier avec des valeurs numériques et les rapports avec la voûte étoilée et certains monuments d’Égypte ancienne.

Médecine-Femme et Trois-Dés sont particulièrement intéressées l’une aux calculs et l’autre aux photographies de par leurs formations et métiers respectifs.

Tout à coup Médecine-Femme regarde attentivement quelques photos très précises et alors que l’on ne l’avait pas souvent entendu, elle s’exprime :

« Vous avez vu, sur la place juste à côté du bassin, on dirait qu’il y a un gallinacé.

– On dirait même la statue d’un coq, complète Trois-Dés qui se penche sur les photos et poursuit :

« Un superbe emblème, que ce coq gaulois. Belle composition, droit et debout, fier ! » car elle connaît et reconnaît les choses de sa profession.

C’est alors que Masquaw s’empare des photographies, objet des dernières remarques. Elle étudie attentivement les images, en recherche d’autres qui couvrent le même sujet sous de nouveaux angles. Tous les membres du Conseil la regardent dubitatifs et se demandent ce qu’elle a pu trouver qui requiert tant d’attention de sa part.

On sent qu’elle va s’exprimer. La tension de l’assemblée est perceptible car son regard devient dur, ses traits se figent. Elle va parler.

Et là d’une voix douce assourdie par le bureau moquetté de mousse, elle déclare :

« Oh le pauvre ! Il a été déposé sur une dalle en pierres. Mais il aurait fallu faire plus réaliste. Il aurait mieux été installé à côté d’un carré de sable pour qu’on puisse supposer qu’il picore.

– Mais ! » répond le Grand Chef à Plumes :

« Ce n’est qu’une statue ! Elle est très bien là où elle est, et en plus à côté d’un bassin ! C’est idéal.

– NON ! » tranche Masquaw. « Dans ces conditions, je ne souhaite plus que l’on choisisse un Premier Chef à Plumes de cette façon. Je pense qu’il faut reprendre les recherches avec un nouveau cahier des charges. L’idée du bassin était bien. Pourquoi ne pas choisir une commune possédant une source par exemple… et que dans la dénomination de celle-ci, il y ait le nom d’une couleur, vous voyez ? … comme Rouge…. ou Rose ! »

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 12/14)

Chapitre 12ème : Dans lequel on découvre les autres critères du cahier des charges

Alors Déplumé ouvre un fascicule épais qu’il tenait dans une sacoche et commence à expliquer principalement à Masquaw, mais également à tous les participants à cette réunion :

« Nous avons suivi scrupuleusement le cahier des charges. Concernant le nom de la ville, de la commune, du quartier, de la zone ou du lieu-dit, il y avait déjà peu d’élus. En France métropolitaine et dans les DOM, il n’y a que peu de noms qui fassent apparaitre, même phonétiquement, un numéro, un chiffre ou du moins qui évoque une valeur numérique.

Quand nous avons découvert qu’une commune avait eu deux dénominations comportant des nombres, là, nous avons compris que nous commencions à toucher au but ! Mais cette commune n’était naturellement pas seule sur les rangs. Aussi avons nous continué d’étudier la compatibilité des communes avec la suite du cahier des charges.

Nous avons donc recherché dans ces communes présélectionnées des bâtiments, monuments, ruines, statues, lieux remarquables naturels ou humains dont les calculs mathématiques nous amèneraient au choix définitif.

Et là une fois encore, cette commune est ressortie du lot. En effet, devant la mairie se trouve un bassin dont les dimensions et le positionnement répondent aux indications stipulées dans le cahier des charges. Dans le langage des bâtisseurs, sa longueur fait 17 coudées, 1 palme et ½ paume autrement dit quasiment 4 toises et 3 pieds comme on disait chez nos Rois de France. Et sa largeur fait 13 coudées et 2 palmes soit environ 3 toises et 3 pieds.

Nous avons des valeurs remarquables. Je vous laisse refaire les calculs mais nous les avons tous vérifiés : produits des carrés en relation avec la somme des cubes et des racines carrées des quotients, hypoténuses, etc …

En ce qui concerne le positionnement, le 11 mai de cette année, jour du 1er déconfinement, à 23h23, le grand côté du bassin a été aligné avec la droite qui joint Dénebola ou Cassiopée ou je ne sais plus trop bien ! avec Antares ou Sirius ou, ah je ne me souviens plus ! mais encore des éléments favorables au choix de cette commune et par conséquent aux deux personnes sélectionnées.

– Bravo. Très bien. Extraordinaire » s’exclame Masquaw qui poursuit en s’adressant au Grand Chef à Plumes :

« Il ne nous reste plus qu’à confirmer ces éléments puis il faudra choisir l’homme qui sera Premier Chef à Plumes dans 2 jours ».

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 11/14)

Chapitre 11ème  : Dans lequel le choix demandé est difficile

Masquaw entre dans le bureau et crie à la cantonade :

« Bonjour tout le monde » sans se douter qu’elle a failli provoquer une catastrophe nucléaire. Après ce moment intense de panique, tous les participants se relèvent, se redressent, rangent leur attirail professionnel, armes ou tire-tique, et reprennent un peu de leur prestance qu’ils avaient 5 minutes auparavant.

Le Grand Chef à Plumes ne fait pas état de cette bousculade et s’adresse à Masquaw en ces termes : « Nous avons trouvé le nouveau Premier Chef à Plumes. Enfin nous en avons eu deux, on verra lequel on choisira. Mais en tous cas, pour le premier critère, ils portent bien deux prénoms comme notre PremierChef à Plumes. C’est très voisin. Veux-tu deviner ?

– C’est Gérard Philippe !
– Non, c’était un grand acteur mais ce n’est pas ce nom.
– C’est Danyel Gérard.
– C’est un chanteur mais ce n’est pas lui.
– C’est François Valéry ?
– Non. Ce n’est pas un chanteur je t’ai dit.
– Guy Georges ?
– Mais non, il est en prison.
– Ce n’est pas Didier Raoul, par exemple ?
– Ah, surtout pas ! » s’exclame le Grand Chef à Plumes.
« Comme tu ne trouves pas, voici les deux noms : Baptistin MARCEL et Antonin FERDINAND »

Masquaw hoche de la tête, semble réfléchir intensément puis s’exprime :

« Il faut absolument en choisir un seul. Leurs noms et prénoms, c’est un fait, mais avez-vous fait leur comptage ?
– Exactement identique » répond Déplumé. « Baptistin MARCEL et Antonin FERDINAND totalisent chacun 162 points.
– Rappelez-moi comment vous faites. » questionne le Grand Chef à Plumes en écarquillant les yeux.
« C’est très simple » rebondit Déplumé, très excité :
« C’est le code de nos éclaireurs, enfin de nos trappeurs, avec a=1, b=2, etc … et on fait la somme, soit 162.
– Très malin, mais ils se différencient bien par un 2ème voire un 3ème prénom ? » questionne Masquaw.
– Ils possèdent chacun 2 autres prénoms : Simon Maurice pour le premier et Henry Bastien pour le second. Mais, ces prénoms totalisent chacun 70 points. Donc égalité absolue !
– Et leurs dates de naissance ?
– Résultats totalement identiques. Comptez : 14 juillet 1970 et 29 février 1960 !
– Leurs activités ou métiers ?
– Tous les deux médecins !
– Leurs conjoints ?
– Largement trop compliqué !
– Leurs enfants ?
– Également trop compliqué !
– Bon, on verra plus tard » finit par répondre Masquaw qui complète :
« Passons aux autres critères demandés dans le cahier des charges»

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 10/14)

Chapitre 10ème  : Dans lequel un nouveau personnage fait une entrée fracassante

Le Grand Chef à Plumes s’exprime : « Maintenant, il faut que je partage ce grand moment. Appelez-moi Masquaw » demande-t-il à Déplumé.

« Moscou ? Vous voulez M. Poutine, ou ? … M. Poutine ? »

– Masquaw, j’ai dit.

– Ah, masko ?

– Non, Masquaw, Mabribri, ma femme quoi !

– Mafemmekoi ? Enfin Masquaw. Oui, oui, je comprends. Tout de suite Grand Chef. »

Et Déplumé sort d’une de ses poches, un de ses nombreux téléphones passe-muraille. Après une courte discussion, il annonce :

« Je lui ai parlé. Elle arrive dans 5 minutes. Pour elle c’est une grande première de venir dans ce bureau hexagonal secret ».

Toutes les personnes présentes soufflent un peu après cet échange un peu tendu et leurs regards sont tous braqués vers la porte par laquelle ils sont entrés une heure auparavant.

Soudain, un grincement de porte se fait entendre derrière eux. Et là, branle bas de combat :

Deux des 3 gardes du corps se jettent sur le Grand Chef à Plumes, le mettent au sol et le protège de leur grands corps. Heureusement que la moquette mousse aura amorti cette chute provoquée.

De leur côté, le 3ème gorille et la femme garde du corps, se retournent vers la porte en train de s’ouvrir, et sortent l’un, un énorme pistolet bazooka, l’autre, se tenant sur un pied s’apprête à claquer avec son autre pied pour déclencher l’envoi des lames empoisonnées.

Porte-Plume et Trois-Dés sidérées, se mettent à 4 pattes et essaient de se réfugier derrière des chaises.Restant professionnelles, l’une continue à prendre des notes sur sa petite tablette et l’autre tente de photographier le Grand Chef à Plumes sous les 2 gardes du corps. Medecine-Femme, se jette derrière son caddie, l’ouvre rapidement, met son stéthoscope sur ses oreilles et prépare son tire-tique au cas où.

Presse-Bouton utilise les réflexes pour lesquels elle s’est entrainée pendant tant d’années. Elle se précipite sous la table, ouvre sa mallette et commence à pianoter sur son ordinateur. Elle chuchote au Grand Chef à Plumes, toujours écrasé par ses 2 gardes du corps, en lui tendant le clavier :

« Votre annulaire gauche et votre annulaire droit où vous avez les grigris pour les empreintes, vite, afin de déclencher les représailles. Au fait, quelle capitale doit-on rayer de la carte ? »

Pendant cette bousculade, Déplumé reste coi, se retourne tranquillement vers la porte arrière qui a fini par s’ouvrir et dit :

” Bienvenue, Masquaw. Vous avez bien trouvé le chemin raccourci que je vous avais expliqué ! ”

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 9/14)

Chapitre 9ème  : Dans lequel on se doute maintenant qui sont les deux lauréats

Déplumé poursuit :

« Voilà, quand on a découvert qu’il y aurait deux lauréats, nous avons dû remanier totalement le lieu de leur résidence temporaire. Nous avons été contraints de créer un second appartement avec toutes les commodités comme vous me l’avez demandé. Compte-tenu de leur fonction présente et passée, le premier se situe au 3ème sous-sol du Palais-Tepee et l’autre se trouve au 5ème sous-sol.

Naturellement, après les avoir amenés, on leur a laissé une ligne téléphonique pour qu’ils puissent appeler leurs proches, sachant que leurs portables ne passent pas depuis les sous-sols et qu’ils n’auront eu aucun moyen de savoir où ils se trouvent.

Chaque appartement est constituéd’une chambre, d’une cuisine toute équipée et avec de quoi faire la cuisine, mais ils peuvent également commander des repas tout préparés au moyen d’un interphone qui accède aux cuisines du Palais. C’est vraiment pour eux un honneur. Ils ont également des toilettes et salle de bain design, et enfin, ils disposent d’un superbe bureau comme il se doit.

Dans un coin de ce bureau, ils peuvent se dépenser avec quelques appareils de sport : un appareil multi fonction à tout faire avec un gilet donnant des impulsions électriques comme on en trouve dans les télés shopping. Et dans l’autre partie du bureau, pour s’informer et se cultiver a été installée une TV à écran plat dernier modèle, et une télécommande à 5 touches ; 4 pour les 4 chaines d’informations en continu, et une touche pour la chaine culture, la 18 je crois. Nous avons voulu éviter la chaine américaine Donald Channel car vous vous doutez pourquoi.

Ils disposent naturellement d’un bar, mais les bouteilles d’alcool ne peuvent délivrer que l’équivalent d’une mignonette toutes les heures, et couvre-feu entre 21h00 et 6 h du matin. Pendant cette période, ils n’ont accès à aucune victuaille ni boisson, sauf de l’eau.

– C’est très bien. Excellent » répond le Grand Chef à Plumes et maintenant leurs noms ?

– Il s’agit de Baptistin MARCEL et Antonin FERDINAND » répond Déplumé après avoir relu ses notes.

« Extraordinaire. Vous avez très bien travaillé » félicite le Grand Chef à Plumes.

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 8/14)

Lundi de la semaine suivante au Palais-Tepee, soit deux jours après le samedi mouvementé et héliporté

Chapitre 8ème  : Dans lequel on redécouvre le véritable fonctionnement de l’Administration

Dans le bureau hexagonal du Palais-Tepee, les mêmes personnages que mercredi dernier se retrouvent.

Le Grand Chef à Plumes est anxieux. Il parcourt la pièce dans tous les sens toujours de sa démarche chaloupée et suivi de son officier de sécurité à trois pas derrière. Il parle enfin : « J’ai hâte de voir qui m’a été désigné par Déplumé ». Et s’adressant à lui : « Alors ? ».

Déplumé s’exprime : « Le choix a été difficile mais sans appel. On a tout d’abord recherché une commune qui répondait précisément au cahier des charges. Ensuite, dans cette commune, on a recherché un notable, comme vous avez demandé, qui porte un double prénom. Mais en fait, je vous ai trouvé deux prétendants dont le résultat des calculs les met à égalité totale.

– Comment ? Je ne saisis pas bien !

– Si Grand Chef à Plumes !

– Et ?

– On a trouvé le maire de Roses-les-Cinq-Fontaines et l’ancien maire de Roses-les-Trois-Fontaines qui sont à égalité parfaite, sans pouvoir les départager.

– Je ne comprends rien. Ce sont deux communes distinctes, non ?

– Non c’est la même commune, mais elle a changé de nom au cours de l’été.

– Je ne comprends toujours rien » répond le Grand Chef à Plumes.

« Je poursuis » ajoute Déplumé.

« Un dossier de changement de nom de commune a été déposé au milieu de la mandature précédente par la municipalité. En réalité, en faisant quelques investigations, j’ai découvert qu’un enfant d’un des conseillers municipaux, je suppose un surdoué précoce, avait pu se connecter, au travers du PC de son père ou de sa mère, à des sites administratifs protégés et a fait cette démarche. C’était je crois le 1er avril 2017. Il a pu accéder à tous les formulaires et les a complétés sans doute de façon cohérente et avec une bonne argumentation sur le besoin de changement de dénomination. Et le 15 août en plein milieu de cet été, un samedi de surcroît, le dossier a été accepté sans contrôle ni vérification de la provenance de la démarche, de sa pertinence ni de sa véracité.

– Ce n’est pas possible ! C’est insensé ! C’est inimaginable !

– Et si ! » répond Déplumé qui continue :

« On croit qu’il y a un haut fonctionnaire, présent ce samedi 15 août, qui a validé cette demande. On ne sait pas qui il est ni comment il a agi. Le dossier administratif, très bien rodé comme vous le savez, a suivi le circuit normal, et le Journal Officiel a publié cette décision le 1er septembre à 0 heure. Maintenant, la décision a été prise et elle est irrévocable alors que le maire réélu n’avait pas l’ombre de connaissance de cette procédure. Maintenant, la commune qui s’appelait Roses-les-Trois-Fontaines, s’appelle dorénavant Roses-les-Cinq-Fontaines.

– C’est absurde. Comment une telle décision a-t-elle pu être prise ?

– Ce sont les hauts fonctionnaires qui décident de tout, vous le savez bien. Et l’administration déroule les procédures sur la forme jusqu’à ce qu’elles arrivent à leurs fins sans aucun contrôle sur le fond.

– C’est un fait, mais l’auteur de cette bévue a-t-il pensé à tout ? Ou est-ce un fou ? Ou un placardisé comme il y en a tant dans les ministères et qui a profité du 15 août pour agir ? Vous vous rendez compte, changer toute la paperasserie administrative d’Île-de-France, de tout le territoire, voire de la planète. Et les sites internet ? Et les transports en commun ? Et les cartes routières ? Et les panneaux de circulation ?

– Ce sont les écolos qui seront contents. Cela fera du bazar de plus pour perturber la circulation routière, des bouchons en plus, des automobilistes qui se perdent un peu partout… » complète d’un air goguenard Déplumé.

« – Bon ça va. Passons à l’essentiel : les deux lauréats ? »

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 7/14)

Chapitre 7ème  : Dans lequel on commence à comprendre la dure vie de Grand Chef à Plumes

Arrivé dans le bureau hexagonal et entouré de tous ces personnages, le Grand Chef à Plumes est énervé. Il parcourt la pièce dans tous les sens d’un pas chaloupé compte-tenu de la moquette mousse, et toujours suivi de son officier de sécurité à trois pas derrière.

« Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Il rate tout. Il a raté le déconfinement, il rate le reconfinement. Il a raté les tests. Il a raté les produits essentiels. Mais qui m’a donné un Premier Chef à Plumes comme cela. J’aimais pourtant bien son accent étranger,… enfin provincial, mais finalement, je préférais le premier Premier Chef à Plumes ! Et puis je trouvais que son double prénom sonnait très bien pour la fonction ».

Il s’adresse à « Déplumé » et à « Porte-Plume » :

« Je vais changer de Premier Chef à Plumes. Je vais choisir un homme nouveau que l’on connait très peu mais qui réunira, j’en suis certain, toutes les qualités que j’attends de lui. Ensuite six mois avant ma réélection triomphale, je choisirai une femme Premier Chef à Plumes. J’ai déjà son nom en tête mais je le tairai.

Pour ce qui m’importe à courte échéance, voici le challenge que vous, Déplumé, devrez accomplir avant samedi. Il me faut un notable, député, sénateur, maire, conseiller général, peu importe, et quel que soit son parti politique ou même sans étiquette. La condition première est qu’il porte deux prénoms, un peu comme mon premier Premier Chef à Plumes ».

Ensuite, il demande à Porte-Plume de lui apporter la petite mallette qu’elle portait discrètement sous le bras. Il l’ouvre et confie à Déplumé, un petit livret format A4 d’un bon centimètre d’épaisseur.

« Voici le cahier des charges complet ! Je vous laisse 3 jours. Vous me ramènerez ce samedi le nouveau Premier Chef à Plumes, en toute discrétion. Et silence, il ne doit pas savoir pourquoi il est ici, ni même où il se trouve. Mais, vous me le soignerez aux petits oignons le week-end avec tout le confort possible. Il pourra appeler ses proches pour leur indiquer qu’il va bien et qu’il sera appelé à de très hautes fonctions nationales et ultrasecrètes. Ensuite plus de portable. Vous me le ferez venir ici lundi afin que je le l’intronise. Et maintenant au travail ! »

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 6/14)

Chapitre 6ème  : Dans lequel on fait connaissance avec les plus hauts personnages de l’état

Hormis le responsable suprême, le Grand Chef à Plumes, il y a ses quatre gardes du corps. Trois hommes et une femme. Les hommes grands et larges bâtis sur le même modèle portent des costumes sombres et des oreillettes sur la tête. Ils se ressemblent et ressemblent aux agents Smith clonés des films Matrix. La seule différence est qu’ils portent un béret pour faire plus français. Quant à la femme garde du corps, très grande également, elle a plutôt l’aspect de l’espionne soviétique du film Bons Baisers de Russie. Elle porte un tailleur sombre strict et surtout des chaussures à bout rond qui cachent des lames empoisonnées.

Dans le sillage du Grand Chef à Plumes, son officier de sécurité appelée Presse-Bouton, une jeune capitaine qui est restée en tenue d’été, pour égailler un peu toutes ces tenues sombres. Elle le suit constamment trois pas derrière et porte une mallette intégrant un ordinateur portable, menottée à son poignet gauche. A tout instant le feu nucléaire peut être déclenché.

Une Commandante du service de santé des armées nommée Medecine-Femme l’accompagne également. Elle est le médecin attitré du Grand Chef à Plumes qui le suit dans tous ses déplacements.Elle traine avec elle un genre de caddie qui a des difficultés à rouler sur la moquette mousse du bureau hexagonal. Ce caddie contient différents appareils électroniques destinés à des contrôles urgents ou des soins intensifs, et contre toute sorte de maux. On y trouvera des tire-tiques, des produits anti-frelon asiatique, anti-chenille, anti-moustique tigre, contre les piqûres d’orties, d’araignées…

Une femme écrivaine journaliste bien connue, Porte-Plume est chargée d’écrire les mémoires du Grand Chef à Plumes. Elle l’accompagne dans tous ses déplacements ainsi qu’une plasticienne-peintre nommée Trois-Dés. Elle est chargée de repérer toutes les postures du Grand Chef à Plumes. Elle est en train de préparer plusieurs sculptures en marbre, bronze, matières plastiques, ainsi que des fresques murales prévue pour être déposées sur le territoire.

Enfin un des personnages le plus importants, celui qu’on nommera Déplumé du fait que personne ne l’ait jamais connu avec un scalp. C’est un homme de grande taille, d’un âge indéfinissable, vêtu sobrement mais avec élégance. Son aspect fait penser à un majordome, mais qu’on ne se trompe pas, c’est le conseiller spécial du Grand Chef à Plumes et qui veille à tout. Il détient plusieurs téléphones portables spéciaux qui passent au-delà des murs de ce bureau. C’est lui qui transmet tous les ordres du Grand Chef à l’extérieur, y compris à tous ses ministres et autres personnages importants du Tepee. Il peut même se permettre de lui répliquer, de contester une décision, de le conseiller, quoique…

Eric Wolinski

L’ÉNIGME DU BASSIN (épisode 5/14)

Mercredi de la même semaine, soit trois jours avant ce samedi au Palais-Tepee de l’Élysée

Chapitre 5ème : Dans lequel on découvre des lieux très discrets

Au Palais-Tepee, dans le bureau ovale, non plutôt hexagonal étant donné que cela se passe en France, une réunion restreinte de crise va se tenir.Elle se tiendra donc dans un grand bureau carré devenu hexagonal après de gros travaux de réfection pour donner à cette pièce une élégance toute française.

Un des murs possède des fenêtres mais sur leurs vitres sont collés des films bleus qui masquent la lumière. Ce qui n’est pas très utile étant donné que ce bureau se trouve au 3ème sous-sol du palais, et que les fenêtres sont donc factices.

Le sol est recouvert d’un genre de moquette épaisse en mousse qui absorbe les vibrations des déplacements des occupants. Cela donne un air cocasse pour marcher, car pour certains, ils ont une démarche chaloupée tels des marins de retour au port après un long séjour en mer. Pour d’autres marcheurs, cela donne l’impression qu’ils sont un peu ivres et doivent se rééquilibrer à tout instant… ce qui est normal compte tenu de la provenance des hommes de la nouvelle tribu du Grand Chef.

Avec les travaux pour transformer une pièce carrée en un bureau hexagonal, il a fallu créer six murs comportant de nombreuses portes. Certaines d’entre elles aboutissent à des placards et d’autres sont de véritables portes, mais elles ne se distinguent pas les unes des autres. Des plaques de mousse bosselées comme des boîtes d’œufs recouvrent les murs, les fameuses portes et le plafond ; cette fois-ci pour amortir les ondes sonores et électromagnétiques (un peu comme une chambre anéchoïque).Cette particularité technique utilisée principalement dans les laboratoires spécialisés est assez désagréable pour les humains qui les fréquentent car tous les sons sont amortis en donnant une impression de surdité, et on ne perçoit pas le retour sonore habituel de la vie courante.

Ce bureau hexagonal ne comporte pas beaucoup de mobilier si ce n’est une superbe table massive en bois. Elle est hexagonale également mais le personnel qui l’a installée n’a pas, comme on dit, le compas dans l’œil. Elle n’est ni centrée, ni en correspondance avec les six côtés de la pièce. Il y a également une dizaine de chaises qui semblent bien confortables mais personne, n’ose vraiment s’asseoir, du fait de la moquette épaisse en mousse. Ceux qui ont essayé ont basculé en arrière, et ceux qui ont réussi à s’asseoir ont eu de la difficulté à se lever.

Eric Wolinski