Municipales 2020 : Réponses des candidats de Fontenay-aux-Roses à notre sollicitation sur le plan climat-air-énergie pour notre territoire (PCAET)

Mi-février, 27 associations du territoire Vallée Sud – Grand Paris ont signé une lettre ouverte sur l’urgence d’un plan climat-air-énergie pour notre territoire (lien vers le post Nouvelles de Fontenay). Cette lettre a été envoyée à tous les candidats des villes du territoire.

Quatre des cinq listes sur Fontenay ont répondu à notre sollicitation avec des documents relativement détaillés de 3 à 5 pages. Pour télécharger les réponses cliquez sur le lien
-        Liste POUR FONTENAY, menée par Suzanne BOURDET : Réponse Fontenay S Bourdet Asso citoyens
-        Liste FONTENAY EN COMMUN, menée par Corine Bénétreau Schäfer et Mahamadou Traoré : Réponse Fontenay en commun
-        Liste UN TEMPS D’AVANCE POUR FONTENAY, menée par Gilles Mergy : Réponse Fontenay – Un temps d’avance Gilles Mergy PRG EELV
-        Liste FONTENAY AVEC VOUS, menée par Pascal Buchet : Réponse Fontenay avec vous P Buchet
-        La liste FONTENAY DEMAIN, menée par Laurent Vastel ne nous a pas encore répondu, nous publierons sa réponse lorsqu’elle nous parviendra
-        Nous avons eu connaissance trop tardivement de la liste PENSER FONTENAY menée par Céline Alvaro pour l’associer à notre démarche, nous lui envoyons la lettre ouverte et publierons sa réponse à réception.

Toutes les réponses présentent les objectifs écologiques comme prioritaires. Les propositions sont nombreuses, de la suppression des pesticides à la plantation d’arbres ou la mise en place d’un réseau séparatif des eaux usées et même la municipalisation de la gestion de l’eau, comme cela s’est fait à Paris et proposé ici par FONTENAY EN COMMUN. Nous nous réjouissons que les candidats présentent dans leur réponse des objectifs clairs d’une gestion plus écologique de la ville. Les municipalités ont en effet un rôle majeur à jouer pour initier la transition écologique dans la ville. Elles disposent de leviers importants du fait de leurs compétences : La place accordée aux voitures, aux piétons, aux vélos dans l’espace public, la désimperméabilisation des sols, ou encore le choix de produits plus responsables dans la restauration collective etc. sont de leur ressort. Via la commande publique et des soutiens financiers et techniques, elles peuvent protéger les milieux naturels, la biodiversité, et les populations humaines qui en dépendent. Vous pouvez lire ces propositions dans les documents en lien ci-dessus.

Rappelons que les objectifs du plan-climat-air-énergie pour Vallée Sud -Grand Paris doivent exprimer notre contribution aux objectifs du plan climat-air-énergie de la métropole Grand Paris (PCAEM) et par-delà  aux objectifs de l’agenda 2030 de la France.

Le PCAEM s’articule autour d’objectifs stratégiques et opérationnels ambitieux pour atteindre la neutralité carbone et le facteur 4 (diviser par 4 nos émissions de Gaz à Effet de Serre – GES) à l’horizon 2050accroitre la résilience du territoire face aux effets du changement climatique et réduire les concentrations en polluants. Pour cela, il est nécessaire de réduire massivement les consommations énergétiques et de travailler pour obtenir un mix énergétique diversifié et décarboné.  Rappelons aussi que les émissions de GES concernent aussi celles qui sont émises hors de notre territoire, pour fabriquer ou cultiver, et transporter, les produits que nous consommons. Le PCAEM et par extension le PCAET ne concerne donc pas que la bonne gestion des villes.

Tous les acteurs doivent s’impliquer dans la construction et la mise en œuvre du plan climat-air énergie parce que nous sommes tous concernés par ces enjeux.

Si les candidats souhaitent l’implication des associations et des citoyens pour l’élaboration et la mise en place du plan climat-air-énergie, leur rôle comme acteurs, réelles parties prenantes, est moins évoqué.

De même pour les acteurs économiques. Citons tout de même :
-        Le souhait de la liste POUR FONTENAY d’associer les associations au travail de démocratie participative et sa conviction qu’il est capital de faire un effort d’information, dès le plus jeune âge
-        FONTENAY EN COMMUN propose de solliciter les associations mobilisées sur des sujets qui peuvent contribuer à la transition souhaitée : les associations mobilisées sur le jardinage urbain pour développer des actions (…); les équipes éducatives des établissements d’enseignement, avec le concours et le soutien des associations représentatives. Plus largement FONTENAY EN COMMUN précise que « Mobiliser chaque habitant suppose une volonté politique et éducative sans faille » et qu’il convient « Informer et former les habitants sur tous les sujets qui relèvent de l’urgence climatique »
-        UN TEMPS D’AVANCE POUR FONTENAY propose d’intégrer la compétence territoriale « Emploi et développement économique » dans la construction du plan climat-air-énergie
-        FONTENAY AVEC VOUS prévoit de « poursuivre avec les associations le travail « d’adoption » de ces modes de transports (sensibilisation, ateliers réparation…) ».

Quelques propositions de la part des candidats concernent la promotion ou l’incitation à l’adoption de nouvelles pratiques plus écologiques comme privilégier les transports en commun mais sans que les moyens d’une réelle avancée soient précisés. En tant qu’associations signataires de la lettre ouverte, nous insistons sur la nécessité d’aller plus loin dans ce domaine mais surtout l’importance et l’intérêt de mobiliser les associations et les acteurs économiques comme des partenaires ressources pour la construction et la mise en œuvre de réponses collectives à la hauteur des enjeux. Des ressources peuvent être également mobilisées par le territoire, notamment dans le domaine de l’énergie avec les Agences locales de l’énergie et du climat (ALEC) et les Espaces info énergie (EIE) qui sont actifs depuis plusieurs années sur beaucoup de Territoires comme Grand Paris Seine Ouest Energie.  Ce qui n’est pas le cas sur le territoire Vallée Sud – Grand Paris.

Concernant les objectifs opérationnels inscrits dans le PCAEM auxquels nous devons contribuer, tous ne sont pas évoqués par les candidats dans leur réponse concernant le PCAET. Un travail important devra être fait après les élections pour initier la construction d’un plan-climat-énergie qui couvre tous les domaines. Il s’agit notamment des objectifs où la dimension territoriale est essentielle. Si le territoire vallée Sud – Grand Paris s’illustre aujourd’hui par une charte qui nuit à un travail collectif, le plan climat-air-énergie et les objectifs de transition pour les années à venir imposent de faire évoluer la situation. Citons notamment ces éléments copiés du PCAEM :
-        L’objectif métropolitain d’une autonomie à hauteur de 20% pour les fruits et légumes en 2030
-        Renforcer la trame verte et bleue : des zones végétalisées et des plans d’eau qui doivent présenter une continuité et dont le déploiement doit donc être organisés de manière globale
-        La création de centaines d’hectares végétalisés et ombragés d’ici 2024
-        Maîtriser la croissance des déplacements et développer les mobilités actives (marche, vélo…) pour qu’elles représentent la moitié des déplacements en 2050 ; tripler la part du vélo d’ici à 2030.
-        Remplacer 100 % des équipements de chauffage les plus polluants d’ici à 2030
-        Réduire le poids de déchets de 90kg par habitant d’ici à 2030 (soit environ 20%) et valoriser 50% des biodéchets d’ici à 2024 (chaque métropolitain devra alors disposer d’une solution de tri à la source pour ses déchets alimentaires)
-        …

Nous invitons les Fontenaisiens à solliciter les candidats pour savoir s’ils inscrivent leur programme dans ces objectifs et s’ils sont prêts à relever le défi de la mobilisation des citoyens, associations et acteurs économique dans cette perspective.

Associations de Fontenay FET, FAR@Vélo et FARigoule 

Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas !

Poursuivre un objectif zéro déchet suppose de mettre en œuvre les 5R[1], Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler et Rendre à la terre. Se contenter comme aujourd’hui d’améliorer le traitement des déchets existants ne permet pas de répondre aux enjeux de pollutions liées aux déchets[2]ni à ceux de surexploitation des ressources[3]. La situation actuelle est une opportunité, tout autant qu’une nécessité, pour revoir entièrement notre manière de produire et de consommer. Pour cela, il nous faut élire des candidats qui sont prêts à impulser une politique ambitieuse, en rupture avec ce qui se fait actuellement.

La question des déchets est essentielle. Nous sommes aujourd’hui dans un système linéaire qui extrait des ressources de la terre, renouvelables ou non, les transforme et les disperse dans des produits, bâtiments, etc. qui finiront en déchets.

Le recyclage, même si on fait du mieux possible restera très insuffisant. Tous les matériaux ne sont pas recyclables et, par exemple, les composants des smartphones sont tellement petits et dispersés, qu’il est impossible de récupérer tous les métaux qui ont servis à sa fabrication. Par ailleurs, le recyclage détériore la qualité du produit et le nombre de cycles successifs est limité ; 7 à 10 fois pour le papier par exemple. Beaucoup de produits ne peuvent pas être recyclés pour le même usage. C’est le cas des bouteilles en plastique qui seront transformées en revêtements pour le sol, tuyaux, fibres textiles… Enfin le recyclage demande de l’énergie, pour transporter les déchets, parfois loin, et les traiter (faire fondre le verre par exemple).

Nous surexploitons les ressources naturelles renouvelables qui n’ont pas le temps de se renouveler et nous polluons ou détruisons de plus en plus rapidement les écosystèmes qui permettent leur régénération : plastique dans les rivières et les océans[4], artificialisation galopante des sols….

Ainsi, de plus en plus de métaux et matières premières diverses risquent de nous manquer dans les prochaines décennies. Notre planète ne nous permet pas de continuer à vivre comme nous le faisons aujourd’hui.

Vous l’avez compris, travailler la question des déchets ne doit pas se limiter au traitement des ordures ménagères comme le fait aujourd’hui le territoire Vallée Sud – Grand Paris. D’autres scénarios sont possibles pour créer une dynamique vers une économie circulaire en s’intéressant également à l’offre des acteurs économiques et à nos modes de consommation. Le rôle des collectivités est alors de créer les conditions de mobilisation des acteurs, entreprises, commerçants, associations, citoyens, pour construire une nouvelle trajectoire de développement du territoire.

Dans les programmes des candidats aux élections municipales de Fontenay, on trouve des propositions de repair café, de réduction de l’usage du plastique dans les cantines ou la promotion du réemploi. Pour avoir des effets réels, ces premiers pas doivent s’inscrire dans un projet plus large mais, sauf pour la liste « Un temps d‘avance pour Fontenay » qui affiche clairement un objectif de « gestion sobre de l’ensemble des ressources et biens consommés dans notre commune », je peine à les identifier au-delà des têtes de chapitre, Environnement, Ecologie, Développement Durable.

Si on veut savoir si les candidats ont une réelle ambition d’impulser une transition écologique pour notre ville, il est pourtant important de connaître d’une part quels objectifs soutiennent cette ambition et d’autre part, si et comment ils envisagent de mobiliser les acteurs pour co-construire des projets :
-        Vers un monde sobre, décarboné et respectueux du vivant.
-        Qui s’appuient sur de nouveaux modes de production, de consommation et de faire société et non pas sur des technologies magiques[5]
-        Qui ne se limitent pas à la gestion des services municipaux mais s’appuient sur eux pour impulser une politique ambitieuse,
-        Qui devront être coordonnés au niveau du Territoire Vallée Sud-Grand Paris notamment parce que les flux ne s’arrêtent pas aux limites des villes et que la mutualisation des investissements élargit notre pouvoir d’agir.

A propos des technologies, aucune donnée aujourd’hui ne montre une capacité d’un découplage de la production de richesse (le fameux PIB) de la consommation de ressources et d’énergie. Pire, l’empreinte écologique des technologies numériques augmente très rapidement[6]. Soutenir la croissance économique telle qu’elle se construit aujourd’hui est donc en complète contradiction avec l’objectif de réduire notre empreinte carbone de moitié d’ici à 2030 (et de 80% d’ici 2050). Nous n’avons pas d’autres choix que d’innover pour développer de nouveaux modes de production et de consommation.

A propos de Vallée Sud – Grand Paris, le conseil territorial a, sur la mandature qui s’achève, signé une charte[7] qui est un obstacle à une politique coordonnée sur le territoire. Celle-ci prévoit en effet un principe du chacun chez soi, tout à fait préjudiciable à un fonctionnement utile et démocratique de cette institution[8]. S’il n’est pas question de souhaiter la mainmise du territoire sur les municipalités, considérer qu’une politique zéro déchet peut être menée sans débat au niveau du territoire ni coordination entre les communes alors que les compétences déchets, développement durable et développement économique sont détenues par le Territoire est une illusion complète. C’est aussi ce que disent les 27 associations de Vallée Sud – Grand Paris qui ont signé la lettre ouverte aux candidats pour demander la construction concertée d’un plan climat-air-énergie pour le territoire[9].

La question des déchets m’a emmenée loin de la gestion des ordures ménagères… parce que c’est un enjeu central et parce que les enjeux écologiques mais aussi sociaux, économiques et démocratiques sont reliés les uns aux autres dans un système qu’il nous faut transformer dans son ensemble.    

Dominique Dupuis

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[5] Voir cette illustration de l’humoriste Suisse, Thomas Wiesel, qui dit à la fin de ce spectacle : https://youtu.be/izuzy2phn_g, « on a l’impression que le monde de l’économie nous dit : hé, on vient de développer une 7e vitesse, c’est génial, on a une bonne nouvelle, maintenant le mur est connecté et on sait exactement à quel endroit on va le percuter »

[7] Charte de l’établissement public territorial T2

[8] Lors du dernier conseil territorial qui s’est tenu le 24 février il a été dit à propos des ateliers organisés début 2019 dans le cadre de la préparation du plan climat-air-énergie que « les habitants y ont été invités » via les associations dont les coordonnées ont été fournies par les maires des communes. Dans les faits, une seule association parmi les 27 signataires de la lettre ouverte a été invitée, au dernier atelier et via un courrier transmis juste avant sa tenue. Quel bel exemple de la volonté des maires actuels d’impliquer leurs concitoyens !

Le bio à la cantine c’est bien, mais quel bio ?

Il ne vous a pas échappé que le bio à la cantine a la faveur des candidats aux élections municipales. Il s’agit bien sûr d’améliorer le contenu de l’assiette des enfants et c’est important. La question qui vient tout de suite à ce sujet concerne le coût que cela représente. Une question qui peut en cacher d’autres.  

Le bio étant plus cher, il faut trouver des économies pour ne pas augmenter le coût de la cantine. Rechercher des économies d’échelle est le réflexe qui vient en premier. Cela signifie que le bio à la cantine sera obtenu en soutenant le modèle industriel actuel. Ce qui ne va pas du tout dans le sens d’une transition écologique pourtant indispensable. En effet, il faudra pour obtenir ces économies d’échelle :

  • Fabriquer les repas dans une véritable usine

=> 2600 repas par jour sont préparés à Fontenay aujourd’hui, combien demain si la        cuisine sert également Montrouge, Sceaux et Bourg-la-Reine ? 10 000 repas ?              davantage ?

  • Acheter des quantités très importantes auprès de grands exploitants agricoles « pour avoir des prix ».  Des exploitants que l’on ne trouve pas en Ile de France et les mieux-disant seront même vraisemblablement hors de France.

Des alternatives existent en s’appuyant notamment sur deux pistes :

  • Réduire le gaspillage alimentaire[1]  est un levier important qui passe par des actions de sensibilisation des enfants, un moyen intéressant pour faire évoluer les pratiques aussi hors de l’école.
  • Réduire la proportion de viande au profit de protéines végétales, ce qui permet en outre de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, de libérer des terres agricoles[2] et c’est bon pour notre santé[3].

Par ailleurs, côté approvisionnement, via la commande publique, il est possible de soutenir la transition agricole locale vers une agriculture avec moins, ou pas de pesticides et plus respectueuse des équilibres naturels. Ce que font les AMAP avec beaucoup moins de moyens que les collectivités. On joue là encore sur la diminution de nos émissions de gaz à effet de serre par réduction des transports.

On voit que le sujet du bio à la cantine peut nous entrainer vers d’autres sujets et pourrait être un premier pas vers une politique de transition alimentaire. On l’a un peu oublié mais nourrir sa population a été la préoccupation des villes pendant des siècles et il est important aujourd’hui de nous réapproprier le sujet pour créer les conditions d’un accès pour tous à une alimentation de qualité. De plus en plus de collectivités l’ont compris[4] et agissent pas à pas pour, selon les contextes :

  • Augmenter l’autonomie locale,
  • Développer des circuits courts,
  • Acheter du foncier,
  • Développer des activités de transformation locale,
  • Eduquer et sensibiliser : soutenir les projets des équipes pédagogiques, organiser des repas collectifs lors d’événements festifs, (ré)apprendre à cuisiner,
  • Etc.

Développer le bio à la cantine peut être la partie visible ou initiale d’une politique ambitieuse ou être juste du bio à la cantine.

Dominique Dupuis

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[2] Il faut entre 2 et 10 kg d’aliments végétaux pour produire 1 kg de viande. La France consacre ainsi 80 % de ses surfaces agricoles à l’alimentation animale. Voir scénario Afterres2050